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Apologie de l’éducation québécoise

L’école primaire est une période de découverte et d’enchantement, où l’on édifie les bases des grands champs du savoir et la personnalité de chacun d’entre nous. Nous étions naïfs et crédules. Le monde nous semblait alors idéal. « Plus tard, je serai une princesse! » déclarent les gamines. « Moi, je veux devenir actrice, écrivaine, vétérinaire », ajoutent les filles. Du côté des garçons, on veut devenir policier, astronaute et sportif professionnel. Cette innocence qui enchante notre quotidien lorsque nous sommes enfants est un trésor d’une valeur inestimable, qui s’effrite hélas avec le temps.

L’école secondaire est une époque d’exploration, de formation et d’apprentissage, mais au-delà de tout cela, c’est une époque d’ambition.

Lorsque nous avons été questionnés sur notre future profession au secondaire, plus de la moitié des élèves avaient déclaré sans hésiter qu’ils voulaient devenir médecin. Le reste de la classe ne s’est pas montré moins timide : ingénieur aérospatial, avocat, dentiste, scientifique, mathématicien, et bien d’autres professions toutes aussi brillantes les unes que les autres, bifurquant selon les archétypes issus de l’enfance.

C’est regrettable, mais c’est aussi pendant cette période que beaucoup abandonnent leur rêve ancestral de devenir artiste ou écrivain, faute de motivation. On n’arrive plus à terminer la rédaction d’un récit qui semblait pourtant planifié de A à Z dans notre tête, les tentatives misérables de dessins s’entassent dans le bac de recyclage, et papa-maman décident d’arrêter les cours de piano parce qu’on a perdu l’envie de pratiquer. À mesure que nous quittons la période de l’enfance pour accueillir à bras ouverts celle de l’adolescence, le jet d’inspiration accompagnant la fleur de l’âge s’essouffle.

La fin du secondaire représente une étape assez significative. C’est l’évènement qui marque notre entrée dans un monde plus grand, qui signe le début d’une vie plus mature et autonome. C’est le temps de folles aventures amoureuses, de délires budgétaires et d’aventures exotiques à travers le globe – et le temps d’un clin d’œil, les études supérieures débutent.

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Le collégial, cette phase propre au Québec, est synonyme de gloire pour certains, mais pour la majorité, il ne s’agira que d’une escale de deux années, sans plus. Pour d’autres encore, ce sera une période difficile. C’est principalement au cégep que la plupart des étudiants vont frapper un mur, stupéfaits par la difficulté vertigineuse des cours, la charge de travail qui semble insurmontable, et le temps qui manque alors qu’ils endossent graduellement les responsabilités d’un adulte.

Auparavant, c’était facile de décrocher une note parfaite ou un examen sans fautes, mais ce temps est désormais révolu. Les nuits blanches passées à étudier, les crises de panique et les moments pétrifiants lorsqu’une note n’est pas à la hauteur des attentes finissent par arriver pour plusieurs. Les étudiants qui constituaient la fierté de leur école secondaire sont également pris par surprise; confrontés à des rivaux tout aussi doués, une chose qui ne leur est jamais arrivée auparavant, beaucoup finissent par se résigner, acceptant avec peine leur impuissance contre d’autres étudiants qui assurent leur domination par leur élitisme académique. La compétition est féroce parmi ceux qui désirent poursuivre leurs études dans un programme contingenté à l’université; la course à la meilleure cote R a lieu à un rythme effréné.

Parmi les centaines d’étudiants encore dans la course convoitant avec appétit le programme de médecine, seule une faible poignée sera sélectionnée. Les autres, déçus, n’auront d’autres choix que de se replier sur un plan B qui, souvent, ne les intéresse guère.

D’autres étudiants s’élancent dans leur passion provenant de l’enfance, et poursuivent leurs études en art, en musique et en littérature. Derrière les portes, on peut entendre de jeunes violonistes interpréter élégamment du Bach et du Paganini, apercevoir des apprentis artistes peignant avec fougue un tableau aux airs Rococo, et également observer des passionnés de littérature qui profitent de l’inspiration nocturne pour rédiger leurs plus belles créations romanesques. Encore une fois, ce ne sera pas tous ces étudiants qui auront la chance de vivre de leur art, en raison de la place limitée que leur accorde la société moderne.

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Enfin, le temps est venu de goûter au pinacle de l’éducation, le point culminant de l’enseignement professionnel (lisez : l’Université avec un grand U). Les professeurs sont devenus des spécialistes de leur matière, mais l’encadrement scolaire, lui, s’estompe. On réalise par ailleurs bien vite qu’un expert n’est pas nécessairement un bon pédagogue, bien au contraire. La session d’examen approche, les nuits s’écourtent, et les visites au café du coin se multiplient. Après un mois de cours se terminant à dix heures le soir, certains se mettent à envier la stabilité des horaires du secondaire, le même horaire qu’ils avaient réprouvés quelques années auparavant – mais tout ça n’est plus qu’un vieux souvenir, maintenant.

Face à ces difficultés, beaucoup d’étudiants se dépêchent de déposer un regard inculpant sur le système d’éducation québécois, l’accusant d’être trop exigeant et mal orienté. Pourtant, je tends à croire le contraire. Nous avons la chance d’avoir un système d’éducation accessible et exhaustif au Québec, un système qui s’efforce de ne pas être seulement utilitariste au-delà des études secondaires – notons la présence de cours de philosophie, d’éducation physique, de français et d’anglais obligatoires au cégep et dans certains programmes universitaires. Certes, on assiste à un nivellement par le bas et à une sursaturation des classes depuis quelques années. Est-ce toutefois une raison pour perdre toute confiance en cette institution? Je ne crois pas.

L’école, c’est aussi un fantastique milieu social, qui permet la formation de liens d’amitié extraordinaires et d’un lien de camaraderie qui sera probablement celui le plus puissant dans notre vie entière – parce qu’on est passé à travers l’enfer ensemble et on a survécu. C’est également là qu’on se découvre de nouveaux intérêts, qu’on assiste au développement et au raffinement de notre propre caractère, et qu’on nourrit sans cesse notre soif pour la connaissance et le nouveau.

Si je le pouvais, j’irais à l’école toute ma vie.

foansongmelaniemarineau

 

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