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La musique classique chez Hollywood

violon
Source : Freestyle Releasing

Les performances musicales classiques dans les films sont souvent critiquées, et à raison. On souligne notamment l’utilisation du doublage (par un musicien), l’acteur ne pouvant lui-même interpréter l’œuvre. Cela conduit à un effet observable de désynchronisation entre ce que l’on entend et ce que l’on voit, ainsi qu’à un jeu de caméras qui tente à tout prix d’éviter les mains du personnage, de peur de dévoiler la supercherie. Certains réalisateurs choisissent de laisser un vrai musicien performer durant ces scènes, mais cela implique que le musicien en question devra aussi jouer le personnage durant tout le film.

Pour ma part, voici trois performances musicales intégrées à des films que j’ai visionnés récemment, et qui m’ont toutes marqué pour une raison ou une autre.

The Devil’s Violonist (2015)

Dans ce film, le violoniste allemand David Garrett incarne le célèbre violoniste et compositeur Niccolò Paganini (1782-1840), dans sa quête de la gloire (on raconte qu’il aurait vendu son âme au diable). Sans surprise, les scènes de dialogues sont pour la plupart raides en raison du jeu d’acteur…comment dire…inexistant, mais les scènes de performance musicale sont néanmoins exceptionnelles et impressionnantes, et témoignent des habiletés du violoniste, qui a terminé ses études à Julliard.

Dans l’extrait, « Paganini » (désolé, dans ma tête c’est clairement David Garrett et personne d’autre) interprète son 24Caprice, le dernier de son recueil des 24 Caprices, célèbres pièces pour violon réputées par leur extrême difficulté technique. Ce Caprice est notamment considéré par certains violonistes comme faisant partie des pièces les plus difficiles jamais écrites pour violon. Pour l’avoir entendu live, je peux vous dire que ça ne pourrait être plus vrai. Cette œuvre est absolument démentielle.

Après une entrée impromptue, Paganini se la joue rockstar en draguant toutes les filles sur place tout en exécutant à une vitesse folle de plus de 9 000 battements par minute les onze variations du thème principal. Bon, dans tout ça, les producteurs ont inséré des scènes absolument pas nécessaires dans lesquelles les fangirls s’évanouissent devant le prestige et le talent du violoniste (quoique si cela avait lieu dans la vraie vie, je suis prêt à parier que beaucoup perdraient leurs esprits à la seule vue de David Garrett). Mais le jeu musical est irréprochable, et on retrouve un arrangement pour orchestre accompagnant le violon, écrit lui aussi pour flasher au maximum, qui rend le tout à la fois impressionnant et hilarant. C’est un spectacle rock, 200 ans en avance dans le temps.

Satisfaction : 11/10

Les Choristes (2004)

Comédie dramatique française, ce film raconte l’enfance d’un chef d’orchestre, Pierre Morhange, ainsi que l’histoire de son premier professeur de musique, Clément Mathieu, au « Fond de l’étang », un pensionnat pour jeunes garçons désobéissants (vive tous les films qui ont un lien avec un pensionnat).

L’excellente trame sonore du film, qui mélange nostalgie et espoir, inclut plusieurs chansons chantées ainsi que des pièces orchestrales reprenant les thèmes principaux de ces chansons. Cette trame constitue un vrai fil conducteur pour le film, ce qui permet de ressentir le désespoir du professeur avec de calmes mélodies en mode mineur, l’hostilité du pensionnat grâce à des passages orchestraux rapides et frissonnants, ainsi que la situation des garçons, par la seule pièce en mode majeur de la trame – Lueur d’été.

C’est le compositeur Bruno Coulais qui est à l’origine de l’entièreté de cette trame, à l’exception d’un seul morceau vocal qui a été emprunté à la musique classique – L’Hymne à la nuit. Cet hymne est en réalité le travail de Joseph Noyon (1888-1962), qui a harmonisé cette pièce vocale d’après une mélodie de l’opéra Hippolyte et Aricie de Rameau composé en 1733 (comme on le mentionne dans le film). L’histoire ayant lieu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le tout demeure cohérent avec l’univers de la musique classique.

Dans le film, les voix ne sont pas celles des acteurs, mais celles des Petits chanteurs de Saint‑Marc (Lyon). Néanmoins, la magie demeure, grâce à un effort de synchronisation entre les chanteurs et les acteurs. La justesse est là, et le solo est incroyable. Rien à dire, outre un bravissmo!

Satisfaction : 10/10

Secret (2007)

Secret est un film romantique taïwanais du réalisateur Jay Chou, mettant en vedette Jay Chou. Vous pensez qu’il y a une erreur? Détrompez-vous : il s’agit de la première production de l’artiste taïwanais, qui s’est également attribué le rôle masculin principal. L’histoire est également inspirée de ses expériences amoureuses – vous voyez le genre.

L’histoire se déroule dans une institution enseignant la musique classique, qui semble d’ailleurs vénérer Frédéric Chopin comme Dieu. Outre les revirements qui font intervenir inexplicablement des voyages dans le temps (l’amour transcende le temps et l’espace?), l’une des scènes les plus populaires de ce film demeure le duel de piano entre le protagoniste et le meilleur pianiste de l’école.

Bon, ceux qui s’y connaissent en musique classique se sont probablement esclaffés, mais pour les autres, voici ce que j’en pense.

La première pièce qu’ils ont jouée correspond aux premières mesures de l’Étude Opus 10 no 5 « Sur les touches noires » de Chopin. Comme son nom l’indique, cette étude se joue presque exclusivement sur les touches noires du piano, et les deux pianistes décident par la suite d’ajouter un peu de piment en haussant le tout d’un demi-ton (lire : une note), ce qui permet de passer des touches noires aux touches blanches (c’est plus facile!). Sans mentionner que la vitesse d’exécution est nettement en deçà de la vitesse standard.

La seconde pièce est un extrait d’un passage de la Valse en Do dièse mineur, Opus 64 no 2 de Chopin (encore). Suivant le modèle précédent, le premier pianiste décide alors d’improviser un air dans la même tonalité. Le second pianiste reproduit la même prouesse, mais beaucoup plus vite. Étant curieux, je me suis demandé si c’était vraiment possible de jouer le passage improvisé à cette vitesse, alors je suis allé le tester sur mon piano. Conclusion : c’est faisable, mais pas facile! D’ailleurs, je pense que pour les besoins de la cause, ils ont accéléré ce passage dans le film au montage.

La dernière pièce est une composition, et ce qui est impressionnant dans celle-ci, c’est que notre protagoniste parvient à reproduire ce que le premier pianiste vient de jouer, mais avec une seule main, au lieu de deux! Après des tests pratiques qui se sont révélés positifs, mon scepticisme s’est envolé. Par contre, en regardant plus attentivement le film, les notes qu’on entend ne correspondent pas entièrement aux notes jouées par la main du pianiste : l’audio compte en effet plus de notes! Un autre « truc » de la part des réalisateurs pour rendre cela plus impressionnant.

Satisfaction : 7/10

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