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Les vacances? Bof…

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Un resto, un vendredi midi avant les vacances, avec des collègues de bureau pour une bière. En attendant le repas, notre boss demande : « Vous faites quoi pendant vos deux semaines de congé? »

Un part en Espagne et au Portugal. L’autre commence un entraînement super intensif pour un marathon. L’autre va avec sa blonde en Gaspésie, en Beauce, dans les Cantons de l’Est, pis à Toronto.  L’autre se construit une maison…

Plus le tour avançait, plus je me disais que peu importe ce que j’allais faire, ça ne serait pas assez bien. Que peu importe ce que j’allais dire, on ne comprendrait pas l’intérêt de manger de la crème glacée après une marche en ville.

J’ai hésité à mentir, à m’inventer une vie. Question d’être dans la gang des cool, moi aussi.

J’ai juste envie de me prouver à moi-même. Pas aux autres.

J’ai dit la – simple et triste – vérité : « Je fais rien. J’vais aller deux jours à Montréal, avec ma famille.»  

Jamais avant les mots Montréal et famille ne m’ont fait sentir aussi nulle.

J’ai culpabilisé. Je culpabilise toujours depuis.

Parce que y’a rien de triste, au fond, dans Montréal et famille, hein? J’ai raison?

***

Je suis en vacances depuis quoi… 4 jours? Je trouve définitivement le temps long.

J’ai dû faire quatre fois le tour de mon chez-moi. Il est propre, rangé. Tout le linge et la vaisselle possible ont été lavés. J’ai lu, j’ai mangé ma crème glacée. Ma liste de choses que j’avais pas eu le temps de faire et que je devais régler est barrée.

Même le chat est un peu écœuré de me voir le blanc des yeux.

***

J’ai téléphoné à ma mère.

– Heille, ça va être long, deux semaines de congé!

– Veux-tu ben. Écrase! Repose-toi.

– Ark, tu sais que j’aime pas ça.

Écrase et repose. Deux concepts qui m’échappent complètement depuis toujours.

Ma vie est noyée de projets. Mon agenda est surbooké à la minute près.

M’écraser? Me reposer?

Pourquoi?

***

Ça c’est moi qui ai la mémoire courte.

Ça faisait trois jours que j’étais morte de stress et d’angoisse. Je ne m’en vante pas.

Et c’est ce régime intermittent que je tiens depuis que je suis entrée en fonction dans cette nouvelle boîte, y’a deux mois.

Je dors peu. Je bosse beaucoup (trop selon ma mère et mes amis). Pas assez selon moi. Les choses ne vont pas assez vite. Alors je ne me mange pas.

Je m’écroule dans mon sofa le soir venu avec un léger sentiment de fierté qui me dure, quoi?

5 minutes?

5 minutes avant de me dire que j’aurais pu faire mieux, pu faire plus, que je devrais prendre de l’avance sur demain.

L’angoisse, le stress, le sentiment de ne pas mériter ce qui nous arrive.

Le pire? J’a-do-re ce job-là. Je ne vois rien aller.

Après même pas deux mois, je devrais être, plus que n’importe qui, capable d’en prendre.  C’était toujours ma conclusion, la veille de mes vacances, quand, déshydratée et en larmes dans mon lit, ma mère a dû venir me porter quelque chose à manger.

***

Les vacances se sont imposées.

Le bureau fermait.

Je ne peux pas aller travailler.

MERDE!

Mon boss entre dans mon bureau

– Est-ce qu’on avait des choses à faire avant les vacances?

– Je sais pas… veux-tu me faire une liste?

– Non, Emma. Les vacances, c’est les vacances. Tu ne travailles pas.

– J’parlais pour la semaine où, toi, tu seras encore en vacances…

Sourire-sourire.

Celles qui sont accros au boulot et qui ont apporté du travail à la maison pendant leurs vacances lèvent la main!

MOI! MOI! MOI!

***

Moi aussi, trois heures avant mes vacances, j’aurais tué pour partir plus tôt du bureau pis aller terrasser.

Moi aussi, je sentais le besoin de déconnecter.

Je sentais aussi qu’après deux mois, c’était un peu mal vu de le dire à voix haute.  CHUT!

J’avais surtout besoin d’alcool. Mais ça, c’est mal vu de le dire au bureau. CHUT!

***

Je n’aime pas le concept de vacances.

Trop de pression sociale.

Pression de faire quelque chose.

Comment est-ce que je suis censée m’autoriser du repos, des grands moments à ne rien faire alors que je dois être occupée et en profiter à plein régime?

Y’a que moi qui ne comprends pas?

Que je sois au bureau ou en vacances, je dois faire quelque chose, c’est bien ça?

***

J’aime, comme beaucoup d’autres,  le concept de ne rien faire.

De me laisser porter par ce que la vie m’amène.

C’est ma tentative pour les vacances.

Ne rien faire et attendre de voir ce qui se présentera.

Je vais profiter de mon nouveau chez-moi. Je vais sans doute dévorer un livre par jour et prendre des longues, très longues marches un peu partout. Je vais siester sur ma terrasse aussi.

ET je vais avancer dans mes projets.

ET je vais travailler aussi.

Parce que j’aime ça et que, bizarrement, ça m’apaise de rendre ma vie productive.

J’vais voir ma famille et aller à Montréal parce que j’aime ça – ça n’a rien de triste.

***

Les gens désertent, s’absentent, décrochent.

Moi, j’veux juste trouver un équilibre et en profiter.

Bonnes vacances les Crépus!

EmmanuelleBelleaurondannemariebilodeaurond

Photo de couverture : source

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