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La flamme et la braise

Quand je repense à toi, mon corps se met en alerte. Des flashs me viennent de toi pis moi qui avons plus ou moins d’allure – toi pis moi dans le feu comme deux bûches incandescentes à se limer la peau dans une flambée royale. Nos corps tellement fluides qu’on dirait une bête à deux têtes, fonçant en pleine jungle à la poursuite d’une proie imaginaire, se faufilant entre les branches, les lianes et les gouffres sans jamais s’accrocher une motte de poils. Deux oiseaux qui s’accouplent en plein vol.

Je repense à toi pis tout a l’air tellement fade soudain. La tendresse pis toute. J’ai le goût de brailler tellement le ventre me fend.

Sauf que là, les règles ont changé.

Avant, tu dealais avec ton interdit comme tu pouvais. Ta femme était assez loin pour ne pas trop exister et mon égoïsme achevait de me fermer les yeux. It was your business.

Maintenant, il y a un interdit de mon côté aussi – renforcé par nulle autre que moi, qui ne supporterait pas de voir mon homme sauter la clôture. J’essaie tant bien que mal de construire quelque chose de différent, où la passion est moins forte, mais où un paquet d’autres trucs me racontent le potentiel de l’histoire. Un amour plus tranquille qui pourrait se déployer dans la durée. Où le feu est plutôt une braise de cuisson, agréable, mais sans réel risque de brûlure.

Pis je me souviens combien j’ai eu mal pour ces quelques moments d’extase sous tes doigts. Tu m’as marquée au fer rouge, avec tes valses-hésitations, avec ton indifférence à ce que je suis et à ce que j’ai de plus précieux. Tu n’en as pas voulu.

Aujourd’hui, parce que tu réapparais, je devrais scrapper ma petite parcelle de bonheur au moment où les pousses commencent à poindre? Tout sacrifier pour une ou deux soirées de buffet à volonté? À un moment, tu sais, je t’aurais tout donné. Plus maintenant.

Maintenant, j’ai envie de m’essayer au bonheur. Avec un homme qui est là, qui me veut au complet, avec mes matins décoiffés, mes histoires de job pis de vaisselle, mes amis, ma famille, mes projets – nos projets – mes lubies, mes cauchemars. J’ai envie de ses grands bras qui m’apaisent la nuit, quand l’inquiétude me vrille le ventre. J’ai envie, oui, de sa douceur et de sa tendresse, d’ouvrir grand ma vie à sa présence enracinée, lui donner ce qu’il faut pour qu’il ait confiance en moi, qu’il dévoile peu à peu les trésors de sa fragilité.

Pis, dans ce monde-là, tu n’as pas ta place.

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