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Confessions d’une fille pas assez gênée

Actuellement, dans la blogosphère, je remarque une tendance à vouloir démystifier plusieurs enjeux liés notamment à l’anxiété sociale, à l’introversion, à vaincre la timidité ou à s’affirmer. Cela m’apparaît super; j’aime voir des gens émerger de leur carapace ou encore venir à bout de s’accepter pour qui ils sont, et s’émanciper avec force à partir de là.

Personnellement, j’adore les gens réservés. Je les considère comme des fossiles que l’on doit gratter minutieusement afin d’en découvrir le contenu, les détails, les secrets. Moi, à l’opposé, je suis comme un fossile nu qu’on aimerait parfois réintroduire dans le roc afin qu’il se calme un peu.

Ça a commencé en bas âge. Les concepts de « on ne parle pas la bouche pleine » et de « lever sa main avant de parler » ont été extrêmement difficiles à assimiler. Les mots, les idées, les remarques se bousculaient dans ma bouche et mon besoin de m’exprimer sur tout et d’exclamer ma joie de vivre était impossible à contenir.

Avec le temps, j’ai appris à mieux gérer mon absence de filtre. En fait, dans la tendre période qu’est l’adolescence, j’ai cru, à un certain moment, qu’il m’en était poussé un sur le tard. Yes siiiir.

Finalement, j’étais juste mal dans ma peau, hormonale, en peine d’amour et triste comme 99% des ados qui se cherchent. Ça, et on me dopait avec du concerta… faut voir le beau côté des choses : j’ai pu me mettre dans la peau d’une larve pour quelques années #lol. Il ne va pas sans dire que j’avais passé le primaire à me faire demander de me taire, à me faire chicaner parce que je posais des questions auxquelles le professeur avait déjà répondu ou encore à attendre le bâton de la parole. À un certain moment, le message commence à rentrer. Disons que les teenage years ont été une période d’ajustement et de redécouverte de moi-même et de mes désirs. Thank God, it’s over!

Finalement, ben je n’ai jamais eu de filtre, j’ai juste été débalancée par l’intense phase de changement qu’est l’adolescence. Ne vous inquiétez pas, j’ai fait un retour en force dans ma vie de jeune adulte, et c’est pour ça que j’vous en parle. Je ne sais pas si ce sont les multiples commotions cérébrales, le dit TDAH ou le simple fait que les paroles « mieux vaut en dehors qu’en dedans» de Shrek qui rotte dans le premier film m’ont marquée, mais si je ne dis pas ce que je pense, je manque exploser. Heureusement, j’ai beaucoup plus de belles choses à dire que de mauvaises, mais tout comme l’anxiété ou la timidité, c’est un combat quotidien.

Entre mon boss qui dit tendrement « Oups! Cath a laissé son filtre à maison à matin » quand je suis trop directe avec les gens, et ma face qui me trahit quand une de mes amies me demande ce que je pense de son nouveau chum et que je le trouve bidon, c’est pas toujours évident à gérer. Entre les jokes que je fais en public que seule moi trouve intensément drôles, et ma mère qui me regarde en se demandant désespérément quand terminera ma phase anale. Entre moi qui tasse une horde de fans de Louis-Josée Houde dans un bar afin qu’il signe ma boule « juste pour le trip » et un de mes professeurs d’université qui ne me donne que des A dans mon évaluation pour passer à la maîtrise, accompagné d’un E (échec) en jugement, ben tu te poses de petites questions en lien avec ce que tu projettes, ton casting.

Certes, je ne manque pas de bonnes histoires. J’excelle dans l’art de combler de manière pas toujours pertinente les silences, et le gars qui distribue des dépliants pour l’Église de scientologie en base ville sait ce que je pense de cette secte parce que je lui ai déjà relancé son dépliant en pleine face. J’ai des réactions fortes, et souvent mon entourage me regarde d’un air incrédule qui se traduit par : « pourquoi… ? »

Ben, je le sais pas au final, pourquoi. Je vis tout trop intensément, et j’ai appris à me foutre de ce que les gens pensent il y a un bout. Reste que mon manque de délicatesse et de retenu est à travailler, et que les gens réservés ont beaucoup à m’apprendre; c’est pour ça que je les aime en général et que j’en ai marié un.

Si les gens qui feignent de s’affirmer dans leurs interactions quotidiennes se couchent le soir en repensant à ce qu’ils auraient dû dire à tel ou tel moment, bien moi je compte les fois où ça aurait été plus pertinent pour tout le monde que je me taise. J’ai souvent tenté de creuser un trou dans mon matelas pour m’y enfouir indéfiniment, mais je finis toujours par surpasser les moments embarrassants. Et je me lève le matin et je continue à pétiller de vie parce que je ne saurais pas comment faire autrement.

Mais bon, le vrai luxe, c’est d’être soi-même, non? 🙂

catherinekrondmarieandreecaron

Source photo de couverture

One thought on “Confessions d’une fille pas assez gênée

  1. OUI, mais t’es toi!!!! Tous savent où tu te loges. Ce qui est beau, c’est l’extrême conscience de ta nature et tes efforts pour ne pas toujours blesser l’autre. Mais quelle belle franchise. Comme dirait Christophe André, Imparfaite, libre et heureuse. J’ajouterais que ton imperfection est magnifique, qu’il faut que tu existes pour faire contrepoids aux louvoiements et aux masques. Je t’aimerais beaucoup, moi qui ai été 22 ans intrivertie et le rsste de ma vie extrovertie, à vivre aussi difficilement avec mon extroversion qu’avec mon introversion. Merci pour ce texte d’une si belle vérité. Que la vie t’aime!

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