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Rentrée scolaire et culture du viol

C’est bientôt la rentrée scolaire et j’ai peur pour les étudiantes et étudiants. Chaque année, il se passe des nouveaux événements dégueulasses : agressions sexuelles, harcèlement, intimidation, la liste est longue. On se rappellera de certaines initiations à l’Université Laval en 2015, des deux joueurs de hockey agresseurs de l’Université d’Ottawa en 2014, du mouvement #AgressionNonDénoncée qui a permis à des millions de personnes de sortir de l’ombre et de révéler un véritable problème de société : la culture du viol.

agression non dénoncée

La culture du viol, c’est quoi?

« On parle d’une culture qui ne dit pas son nom, explique Martine Delvaux. Une culture qui, tout en permettant le viol, en minimise toujours la réalité. Une culture qui conçoit les femmes comme des biens à consommer, qui banalise les violences sexuelles, les encourage et accuse ensuite les femmes d’en être responsables, de mentir ou d’y prendre plaisir. Une culture qui minimise encore la réalité en affirmant qu’autant d’hommes que de femmes sont victimes de viol1. »

Voici quelques statistiques (qui me donnent envie de vomir, de pleurer et de crier simultanément) tirées du Guide d’information à l’intention des victimes d’agression sexuelle réalisé par la Table de concertation sur les agressions à caractère sexuel de Montréal :

  • 1 femme sur 3 a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans.
  • 1 homme sur 6 sera victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie.
  • Les 2/3 des victimes sont âgées de moins de 18 ans.
  • 82 % des victimes d’agression sexuelle sont des femmes.
  • Plus de 75 % des jeunes filles autochtones âgées de moins de 18 ans ont été victimes d’agression sexuelle.
  • 40 % des femmes ayant un handicap physique vivront au moins une agression sexuelle au cours de leur vie.
  • 39 à 68 % des femmes aux prises avec une déficience intellectuelle seront victimes d’au moins une agression sexuelle avant l’âge de 18 ans.
  • 1 femme sur 7 est agressée sexuellement au moins une fois par son conjoint.
  • Près de 8 victimes sur 10 connaissent leur agresseur.
  • 7 victimes sur 10 ont été agressées sexuellement dans une résidence privée.
  • Jusqu’à 90 % des agressions sexuelles ne sont pas déclarées à la police.

L’école devrait être un safe space propice à l’apprentissage, pas un endroit potentiellement dangereux qui peut porter atteinte à l’intégrité morale et physique des personnes. J’ai peur, oui, j’ai peur de la violence, de l’horreur, des abus de pouvoir qui détruisent des vies trop fragiles. Trop d’histoires autour de moi qui circulent, des amies agressées, des connaissances, des inconnues. Ça peut venir d’un conjoint, d’un ami, d’un prof, souvent une personne proche de soi, quelqu’un qu’on connait. Personne n’est à l’abri. Personne ne peut prévoir ça. Et quand ça arrive, il est trop tard. On essaie de survivre comme on peut.

Pendant mes études universitaires, il y avait des profs qui couchaient avec des étudiantes, surtout des premières années. C’était connu, mais personne ne disait rien, par peur de représailles sans doute. On était tous complices dans le silence. Quand tu es un étudiant ou une étudiante, tu as tout à perdre. Tu veux réussir tes cours, avoir de bonnes notes, obtenir des bourses si possible, peut-être aller à la maîtrise, au doctorat, décrocher des contrats de recherche ou d’enseignement, un poste, qui sait. Vas-tu dénoncer tel prof bien placé au département qui a sa permanence depuis longtemps et qui pourrait te mettre des bâtons dans les roues plus tard? Probablement pas. Le milieu est hyper compétitif et ne pardonne pas.

Les relations profs-élèves sont parfois malsaines pour plusieurs raisons d’ordre hiérarchique, économique et patriarcal. Le consentement réel est difficile à établir dans ces paramètres. Je vous encourage à vous procurer et à lire Sexe, amour et pouvoir. Il était une fois… à l’université, un ouvrage collectif dirigé par Martine Delvaux, Valérie Lebrun et Laurence Pelletier qui décortique ces questions en profondeur.

Sexe, amour et pouvoir. Il était une fois… à l’université

« Les véritables histoires d’amour entre un prof et une étudiante existent, reconnaît [Martine Delvaux], mais “la norme, c’est le malheur”. Le contexte dans lequel naissent ces relations, croit-elle, “annule, en quelque sorte, le consentement”. Delvaux évoque même la “culture du viol”, qui n’épargnerait pas l’université, ajoute que ces histoires pourrissent le climat nécessaire aux études (“quel savoir est transmis quand l’université prend l’allure d’un journal à potins […]?”) et plaide donc pour l’établissement de codes de conduite en cette matière2. »

Plusieurs universités dans le monde ont adopté des codes de conduite qui réprimandent sévèrement les professeurs qui ont des relations intimes avec leurs étudiantes, prévenant ainsi les abus de pouvoir possibles même si ça ne règle pas tous les problèmes :

« L’Université de Harvard vient d’“interdire les relations sexuelles entre professeurs et étudiants de baccalauréat dans la Faculté des arts et des sciences, ainsi qu’entre professeurs et étudiants des cycles supérieurs lorsque ces derniers leur enseignent, dirigent leurs travaux ou les évaluent d’une façon ou d’une autre”. Cette interdiction ne procède pas d’une morale puritaine ou paternaliste, mais d’une volonté de protéger la relation pédagogique. Comme le dit Alison Johnson, qui a piloté le dossier, il ne s’agit pas de “dire aux étudiants avec qui ils ne doivent pas avoir de relations sexuelles, mais bien de rappeler aux professeurs qu’ils ne doivent pas voir dans les étudiants de possibles partenaires romantiques mais des étudiants”3. »

Je souhaite à tous les étudiants et étudiantes une bonne rentrée scolaire. Il faut rester solidaire quand une situation d’agression se produit, écouter les témoignages sans juger les victimes. Si une personne de votre entourage ou vous avez besoin d’aide, il existe plusieurs ressources.

Ressources de soutien au Québec et en Ontario, répertoriées par le site Je Suis Indestructible

Je Suis Indestructible

Simonpoirierrondelisetetreaultrond

Références 1/2/3

Image en couverture réalisée par l’artiste Starchild Stela

3 thoughts on “Rentrée scolaire et culture du viol

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