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L’intimidation

J’étais une bonne élève. Je ne dérangeais pas en classe, jamais je n’avais de retenues ou d’avertissements et mes résultats étaient largement au-dessus de la moyenne, sauf dans deux ou trois cours que je n’aimais pas. J’étais studieuse et assidue, et j’avais mon petit cercle d’amies proches avec qui je passais mes récréations, mes dîners et mes fins de semaine. Je n’étais pas le genre de fille qui se démarquait du lot; j’étais plutôt timide et polie avec tout le monde. Je ne fumais pas, je ne prenais pas de drogue et je touchais rarement à l’alcool. Je ne pouvais pas vraiment sortir, donc les partys n’étaient pas fréquents pour moi. Mais malgré les apparences, j’étais victime d’intimidation et ma vie était un enfer quotidien.

Selon la Loi sur l’instruction publique, l’intimidation est considérée comme étant : « Tout comportement, parole, acte ou geste délibéré ou non à caractère répétitif, exprimé directement ou indirectement, y compris dans le cyberespace, dans un contexte caractérisé par l’inégalité des rapports de force entre les personnes concernées, ayant pour effet d’engendrer des sentiments de détresse et de léser, blesser, opprimer ou ostraciser. »  Elle peut être physique, verbale, sociale ou matérielle. Et surtout, l’intimidation peut viser tout le monde. Peu importe ton âge, ton physique, ton sexe, ta nationalité, ton orientation sexuelle, etc. Personne n’est à l’abri.

Bien souvent, cela commence de façon plus insidieuse. Dans mon cas, c’était surtout des insultes verbales et des menaces. On me faisait sentir de trop lors des travaux en équipe. On me regardait de façon méprisante durant les oraux. On passait des commentaires sur mon apparence physique. Puis, c’est devenu des attaques physiques, en plus des commentaires. À l’époque j’avais les cheveux longs et très épais, alors il arrivait que les gens me les coupent, me mettent des broches ou des papiers dans les cheveux. Il arrivait que je me fasse plaquer dans les casiers ou dans les murs. À répétition, on s’est mis à me dénigrer, les garçons autant que les filles. Tous les jours, je me faisais dire que je ne valais rien, que j’étais laide, que je devrais me suicider et me mutiler. Les gens se sont mis à me lancer des ciseaux et des couteaux à lame rétractable (pour que je me coupe!).

Quand je me suis mise en couple avec un garçon de l’école au courant de l’été, avec qui je suis toujours aujourd’hui, la rentrée fut bien pénible. Pour lui et pour moi. Personne ne comprenait que ce garçon puisse vouloir de moi, alors il se faisait dire des choses à mon sujet et sa réputation fut atteinte à cause de la mienne. Les gens se mêlaient de nos vies, de notre sexualité, nous posaient des questions indiscrètes et riaient à nos dépens.

Bien sûr, je parle au JE, car c’est mon histoire. Mais mes amies vivaient les mêmes choses ou des choses similaires, tous les jours, car nous étions un groupe de personnes ciblées par les intimidateurs. Je sais que d’autres personnes de notre cohorte souffraient aussi en silence du même genre de commentaires et d’attaques, sans que nous nous en parlions. Mon histoire en est une parmi tant d’autres. Certains jeunes s’en sont sortis, d’autres se sont suicidés.

L’important est que cela finit par passer. Maintenant à l’université, c’est complètement différent. Je me lève le matin avec plaisir pour aller à l’école et je ne redoute plus le début de l’année scolaire. Mais je sais bien que tous n’ont pas cette chance.

Le caractère pervers de l’intimidation est que celle-ci est répétitive. Imagine te faire dire tous les jours la même chose pendant des années… Tu finis par le croire. Et c’est ça qui brise le plus. À la limite, je préférais les attaques physiques aux commentaires mesquins. Aujourd’hui, je suis une adulte et je vais à l’université, mais je tremble encore de peur avant les oraux, je longe encore les couloirs quand je suis seule et je suis incapable de me regarder dans le miroir et de me trouver belle. Oui, j’ai survécu. Même si j’ai souvent voulu mourir et disparaître de cette école. Même si je n’ai rien dit à mes parents et que j’ai enduré en silence. J’ai survécu, mais je suis marquée à vie.

Si tu es témoin de gestes d’intimidation, l’important est de prendre position pour la victime. Dénoncer aux figures d’autorité peut être une solution, de même que de dire à ceux qui intimident de cesser leur geste. Si l’un de tes proches en est victime, il est important de l’écouter, de l’encourager fortement à aller chercher de l’aide et de l’informer de ses droits, s’il y a lieu. Pour les parents, diverses ressources existent pour aider un enfant qui est victime d’intimidation ou qui est intimidateur. Si tu es un professeur, interviens. C’est toi la position d’autorité alors c’est important de réagir rapidement pour faire cesser ces actes.

Si tu es une victime, sache que tu n’as pas à continuer à vivre comme ça. Je sais que ça fait peur de dénoncer, mais il faut le faire; il en va de ta sécurité et de ton bien-être. Entoure-toi de gens solides qui vont pouvoir te soutenir dans tes démarches. L’intimidation c’est illégal, et ça laisse des marques profondes. Plus vite tu agiras, plus vite les choses cesseront. N’hésite pas à consulter un (e) intervenant (e) et à contacter une ressource d’aide en cas de besoin.

Et surtout, ne lâche pas. Ça va aller mieux, je te le promets. Tu n’es pas seul (e).

Ressources d’aide

Centre de prévention du suicide

Jeunesse J’écoute 

Tel-Jeunes

Gai Écoute 

Ligne Parents

Cyberintimidation

Ligne Abus Aînés 

Commissions des droits de la personne et des droits de la jeunesse 

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Par Catherine Desjardins

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