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L’affaire Brock Turner

Le 2 septembre dernier, Brock Turner était libéré de prison après avoir purgé trois mois sur sa peine de six mois pour avoir violé une femme de 23 ans inconsciente à côté d’un conteneur à déchets lors d’un party de campus en Californie.

Cette décision a soulevé un tollé aux États-Unis et dans le reste du monde. La victime, qui a décidé de garder l’anonymat, a signé une lettre pour dénoncer la sentence ridiculement clémente ordonnée à l’agresseur versus le traitement qu’on lui a fait subir en cour à elle, la victime. Avec une éloquence et un sang froid remarquable, la victime décrit le courant des événements, de son vagin devenu atrophié à son réveil jusqu’à la panique des deux cyclistes témoins de l’agression qui ont pu arrêter le viol.

La scène était celle d’un homme mutilant un corps inerte au sol en pleine nuit.

En cour, on a jugé que l’agresseur, un jeune garçon bien nanti et athlète nageur, avait déjà été bien ébranlé par l’effet de son arrestation et qu’il serait regrettable de nuire davantage à sa carrière d’espoir olympien.

En cour, on a questionné la victime à savoir ce qu’elle portait ce soir-là, qu’est-ce qu’elle avait bu, ses tendances à la promiscuité, si elle avait déjà trompé son chum, qui avait préparé son souper, où c’est qu’a l’avait faite son pipi pis à quelle heure exactement, si elle se souvenait d’avoir bien dit « non », si elle était certaine qu’elle aurait dit non à son agresseur.

Ces questions vont plus loin que le simple désir et besoin d’exactitude afin de fonder les accusations et pouvoir placer un jugement implacable à un agresseur. Elles ont pour but d’intimider la victime et de la responsabiliser pour l’agression subite.

Rappelez-vous, c’est Ève la pécheresse pour avoir mordu dans la pomme en premier.

Il y a aussi cette histoire arrivée il y a quelques années à Québec, celle d’une fille qui attendait l’autobus à un arrêt donnant à même la rue dans un quartier résidentiel. Ça cogne à répétition contre une fenêtre derrière elle. Elle se retourne. Un homme nu dans sa maison, de l’autre côté de la fenêtre, la regarde en se masturbant. Elle est allée en cour. On lui a servi ce même traitement de questions. En gros, on lui a dit qu’elle n’avait qu’à pas regarder, car le fait d’échanger un contact visuel avec l’homme était comme si elle l’avait encouragé à poursuivre son acte de nature sexuelle. Il n’y avait pas eu de contact physique et le masturbateur se trouvait dans sa propriété au moment où il s’astiquait le batte en cognant dans sa vitre. Résultat : l’homme a pu déménager sans être inscrit au registre des délinquants sexuels.

Les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, dans le cas de Brock Turner on y lit toutes sortes de choses. Certaines avec de l’empathie, d’autres non. On blâme les femmes en général pour un cas particulier. Un petit vox pop copié-collé de ce qu’on peut lire dans les dernières semaines :

– Les filles, quand elles ont honte d’avoir trop bu, elles disent qu’elles se sont fait droguer.

– Les filles, elles font ce qu’elles veulent en cour, la preuve étant qu’elles ont toujours la pension alimentaire et la garde des enfants.

– Les filles, elles disent des fois qu’elles se font violer pour se venger d’un gars, d’un ex. Rien que pour le faire chier.

– Les filles, y’en a qui agissent comme des estis de salope, habillées comme des charrues et après ça, ça se plaint de s’être fait agresser.

– Oui mais y’a des gars qui se font agresser par leur blonde pis ça on n’en parle pas (l’équivalent de « All lives matter » après le Black Lives Matter).

Parfois c’est plus sournois; on s’évertue à créer un vernis à ongles qui change de couleur quand il y a du GHB dans ton cocktail. Des jeans « anti-viol », un sifflet « anti-viol ». Au lieu de condamner les agresseurs, de trouver racine dans l’éducation, l’encadrement, dans du support aux victimes, pour conduire vers un changement des mentalités, on dit aux femmes de s’armer davantage.

Si tu reçois une bizoune par la tête, c’est que t’étais pas assez bien cachée.

-Oui, mais monsieur le juge, elle portait pas son sifflet quand je l’ai violée.

– Ah, mais alors là c’est de votre faute, madame!

La révolte, comme la moutarde, monte au nez devant des réactions pareilles. Que ces paroles, que ces actes soient commis par des hommes ou des femmes, les victimes sont victimes deux fois. Une fois par l’agresseur et puis à nouveau par l’œil du public.

Tu n’avais qu’à ne pas faire ça, tu as ce que tu mérites.

Une femme comme une bête inintelligible et indisciplinable, de la viande à plancher bonne à prendre à qui pourra bien passer son chemin.

cristinamoscinirondannemariebilodeaurond

Source photo de couverture

One thought on “L’affaire Brock Turner

  1. Merci ma Chérie de cet article. C’est assez pour révoltter toutes les victimes de viol etc. Une chance que le ridicule ne tue pas! On pourrait donner un trophé avec la réduction de peine.??? J’espère que vous en parlez dans vos cours. Bonne semaine, enfin il fait beau aujourd’hui.Mille Bisous et on s’ennui toujours de toi. Ce fut assez difficile de se retrouver seuls.

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