Menu

J’veux pas grandir, svp!

Chaque année, la rentrée est pour moi une énorme partie de plaisir. J’ai toujours aimé l’odeur des livres, les beaux crayons, les sacs originaux, me penser bonne dans mon linge d’école neuf. Pis, tu vois, c’est la dernière fois que j’vais vivre ça pis on dirait que ça fonctionne pas.

J’ai aucune envie de finir l’école.

J’ai envie de faire plein de fautes parce que c’est quelque chose que les adultes font pas. (S’po vraix, lé fôtes sa pus!) J’ai envie de voyager comme une bohème sans avoir de comptes à rendre à personne. J’ai envie de manger à la caf de l’école pour l’éternité même si ça goûte les testicules de chameau bouillis. J’ai envie de flâner dans l’école pendant mes trois heures de pause sans faire aucun devoir parce que, fuck off, j’en ai pas envie. J’ai envie de procrastiner ma vie pis d’être sur le gros stress intense pendant mes deux semaines de fin de session. J’ai envie d’être hangover tous les vendredis matin parce que la bière est à deux piasses au bar de l’université. J’ai envie de juger les gens qui portent des gougounes à -40. J’ai envie de lancer mes crayons dans la bibliothèque pis d’me trouver drôle à en déranger les autres. J’ai envie d’me prendre pour Hermione pis de faire semblant que j’suis studieuse pendant genre deux jours dans l’année.

grow up
Source

J’en veux pas de responsabilités. J’en veux pas d’une vie plate de 9 à 5. J’veux encore être jeune et insouciante. J’veux faire plein d’erreurs pis m’en foutre parce que ça affecte personne sauf moi. J’veux pas vieillir pis avoir des enfants. J’veux encore penser juste à ma p’tite personne. J’veux pas grandir pis j’pense que c’est ça, le syndrome de Peter Pan. (Malaise, j’me diagnostique moi-même des bebittes dans tête.) J’voudrais rester jeune, autant de corps que d’esprit.

Parce que j’ai peur. J’ai peur de pas être bien dans mon travail, de pas me faire d’amis. J’ai peur de pas aimer ça pis d’me rendre compte que j’ai passé quatre ans de ma vie à étudier quelque chose juste pour faire plaisir à mes parents. J’ai peur de devenir plate pis malheureuse pis de perdre mon cœur d’enfant.

Tout le monde autour de moi semble tellement excité par la suite des événements. Ils voient le marché du travail comme un conte de fées, comme le pot d’or au bout de l’arc-en-ciel. Moi, j’le vois plus comme une piscine pleine de requins en feu qui crachent des scies mécaniques. Pis j’suis pas prête à affronter ça. J’suis pas armée pour une grosse étape comme celle-là.

grow up
Source

VirginieDrapeaurmarielortierond

Marie Lortie Côté

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de