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Pas devant le monde, stp

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Ça se passe dans la rue. La fille est assise sur le trottoir. Le gars est debout et il va et vient autour d’elle en rageant. Enragé. Il lui crie après depuis trois minutes sans répit. La rue étroite et les blocs collés agissent comme un porte-voix à son torrent de colère. Dans la rue résonne l’écho interminable d’un fou. La fille ne fait rien. Des fois elle met son visage entre ses mains, peut-être qu’elle pleure. Les genoux sous le menton à fixer l’asphalte et la bête qui lui tourne autour, elle est dehors mais on les croirait dans une cage. Des voisins sortent la tête par la fenêtre et reculent, pour ne pas se faire voir. Pour ne pas se mêler de ce qui ne les regarde pas. Puis une voiture de police arrive à leur hauteur.

On ne saura pas ce qu’il leur arrivera, à elle et à lui.

C’est cette scène-là qui se termine. Est-ce que ce sera la dernière?

***

On aimerait être mieux équipé à réagir à la violence quand on en est témoin. Des fois ça nous prend du temps à réaliser ce qui se passe, on gèle. Je repense à la fille sur le trottoir. Après combien de minutes les voisins ont décidé que ça valait la peine d’appeler la police? Et si cette scène ne s’était pas passée dans la rue, devant le monde, est-ce que la fille serait allée chercher de l’aide? Est-ce que l’homme aurait continué de lui hurler dessus jusqu’à ce qu’il perde sa crisse de voix? Est-ce qu’elle a catché que c’est pas correct?

Pas devant le monde, stp…

Comme si se faire abuser verbalement ou physiquement n’était pas assez, il faudrait le vivre à ‘cachette. Parce que c’est plus facile à dissimuler. Et que moins le monde en sait, moins le monde en voit, plus il serait facile de continuer à vivre ces éclats de cauchemar. Et si le monde savait, te pardonneraient-ils de ne rien faire?  

La violence c’est l’arme des faibles et rien ne devrait cautionner son usage. Parce que t’es peut-être pas sur le trottoir quand ça t’arrive et que ton calvaire est pas encore tombé dans l’oreille d’un témoin, d’un ami qui peut porter plainte, j’aimerais ça te dire que tu mérites le bonheur, le respect et la sécurité, et que ce n’est pas négociable. J’aimerais ça savoir que tu vas trouver de l’aide. J’aimerais ça que ça se termine bien pour toi. J’aimerais ça te dire que ça se peut d’arrêter d’avoir peur pis d’avoir honte. J’aimerais ça aussi que tu regardes les organismes qui sont là pour toi à un coup de fil ou un coup de clic et qui vont t’aider.

Info ICI et support ICI en cliquant sur ces liens de la Fédération des maisons d’hébergement, il y a une ligne d’appel 24h par jour et 365 jours par année, et les maisons d’hébergement offrent des services gratuits :

  • d’hébergement sécuritaire,
  • d’écoute téléphonique,
  • d’information et de référence,
  • de soutien (situation de crise, services individuels et de groupes, spécifiques pour les enfants, réinsertion sociale, etc.),
  • et d’accompagnement (démarches judiciaires, médicales, administratives, d’immigration, etc.).

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