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Apprendre à dire non

Sur les quelques milliards de mots qu’on rencontre dans des livres de recettes, il y en a toujours quelques-uns dont le sens nous échappe. Bon, je peux comprendre que la majorité des petites gens ne puisse connaître la véritable définition du mot « hexakosioihexekontahexaphobie », on peut tout de même se conserver une marge de manœuvre. Parmi tout l’alphabet qu’il est possible de cumuler dans les soupes, on peut assembler quelques lettres comme le « o », le « u », le « i » et le « n ». Si on mélange le tout, le mot oui et non sont formés. Mais la signification de ces deux paradoxes paradoxaux se mélange bien trop souvent et quand on met le tout au four et bien ça crame et ça fume et moi je m’asphyxie dans toute cette boucane. Je ne comprends pas ce qu’ils signifient, c’est tout. D’ici je vous entendrais me dire : « mais que tu es ignorante Mélina de ne point comprendre la signification de ces mots qui sont des plus simples de la langue française, ils sont simples comme la cueillette de baies! » Et vous n’auriez pas complètement tort. Et peut-être m’enseigneriez-vous cette leçon à la manière d’une maman fatiguée de faire l’avion avec la cuillère afin que l’enfant avale le tout une fois pour toutes.

Oui veut dire oui.

Non veut dire non.

Pour moi (et ne suis-je pas la seule cuisinée ainsi) le oui veut dire soit oui, soit non alors que le non n’existe tout simplement pas. (C’est comme la sauce Tabasco, on a peur de l’utiliser pour ne pas brûler de gorge.)

Mais la vérité c’est que les oui veulent dire non, mais c’est que j’ai telllllllllllllllllllllllllement peur de voir recracher ces petites gens que dire oui me semble toujours la meilleure option. Je préfère de loin devoir cuisiner un plat à un quelqu’un ou une quelqu’une plutôt que de me nourrir moi-même. Et ça m’amène à penser pourquoi. Pourquoi c’est si difficile de prononcer un mot si simple qui rendrait le respect de soi si accessible? Pourquoi c’est si facile de préparer des buffets pour un univers tout entier et si difficile de me verser un verre de lait? Et pourquoi c’est facile comme respirer de dire l’affirmatif alors que je mettrais ma main au four plutôt que de dire le négatif?

Après tout ça on se rend bien compte qu’on avance les pieds dans les plats et que ça n’avance pas très vite des pieds dans des plats. Ça prend des brouhahas de casseroles pour nous faire prendre conscience qu’il est temps de se mettre la main à la pâte.

Alors c’est ce que j’ai fait. J’ai mis les trois mains à la pâte puis j’ai sorti le non du congélateur et j’ai commencé à le cuisiner un peu, pour me rendre compte qu’on donne encore plus lorsqu’on garde un peu pour soi.

Pour me rendre compte qu’on donne encore plus lorsqu’on garde un peu plus pour soi.

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Par Mélina Gagnon

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Audrey Dumont

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