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Les plus beaux organes génitaux

Ce débat-là est arrivé dans ma vie, quelque part sur la 20, entre Québec et Montréal.

« Un pénis, c’est plus beau qu’un vagin – excuse, une vulve. – Ben là! Au repos, c’est pas cute.  –  Il doit être en érection, pis les testicules comptent pas. – T’es sérieuse. En érection? »

En moins de trois minutes, j’en suis venue à défendre la cause des pauvres-tites-vulves-si-moches et à imiter un gland-popup avec un air mi-idiot-mi-vilain, pour tenter de prouver qu’il n’y avait rien de plus grotesque qu’un pénis, que moi qui en imite un.

Je n’ai ramené personne à ma cause – même si je suis très bonne en imitation.

Forcément, le pénis a don’ bien toute du monde, hein! C’est définitivement plus beau. 

Reste que depuis, quand j’y pense, j’ai seulement des images de Vincent Perez dans le film Le Libertin. Flambant nu et puis… rien, quoi.

Un pénis reste un pénis.

Une vulve, elle, connaît autant de variantes. Suffit de savoir les nommer.

J’ai compris que je m’y prenais mal quand, plus tard ce soir-là, dans un souper entre amis, j’ai ressorti le débat – et mon imitation – pour avoir le fin mot de l’histoire.

Je menais mon combat, disons-le, face à deux amis homosexuels. Avec eux, le pénis pesait toujours plus lourd dans la balance.

Mais j’ai compris que le débat n’en était pas un.

Pourquoi en valoriser un au détriment de l’autre?

Pourquoi rabaisser nos corps et les confondre à de vieilles croyances? – J’y comprends rien.

Je comprends, par contre, qu’on puisse affirmer un désir pour l’autre, pour son sexe.

Il en va des organes génitaux, comme des êtres : c’est le désir qui les rend beaux.

Une vulve, un pénis, peu importe, sont ce qu’ils sont.

Un état des choses. Un état des lieux. Un état de la nature.

Un état du désir, peu importe leur forme, leur couleur et leur dimension.

Ils sont – nous.

Comment désirer l’autre, avec ardeur, en taisant son propre corps et ses réalités?

Pourquoi projeter sur l’autre un désir que nous ne réussissons pas à vivre seuls avec nous-mêmes?

Au-delà de toute préférence sexuelle, de toute attirance, de tout genre, de toute identité, notre corps est témoin de toutes nos histoires – d’amour de cul d’un soir d’accident d’accouchement, encore et encore.

C’est le premier qu’on apprend à découvrir, à comprendre, à toucher.

Alors pourquoi est-ce dans les derniers qu’on apprend à aimer?

Alors pourquoi persistons-nous à enlaidir ce que nous avons de plus intime, de plus fragile?  

Il est un état du désir qui n’existe plus.

À ne plus le trouver en nous, on le cherche sans peine chez les autres.

Pourtant, nous ne trouvons rien.

Parce qu’une vulve reste une vulve. Dans ses replis, ses rosaces et ses zones d’ombre.

Parce qu’un pénis reste un pénis. Dans ses replis, ses érections et ses repos.

Ils sont complémentaires. Un n’existerait pas sans l’autre.

Comment les hiérarchiser ? Je sais. Beaucoup y arrivent et pas moi.

Peu importe parce qu’au-delà de toute préférence sexuelle, de toute attirance, de tout genre, de toute identité, je suis incapable de juger d’une autre personne, uniquement sur les qualités de son sexe.

C’est impossible. Impossible de choisir, de dire qui est plus beau que qui.

Puisque, forcément, pour aimer on doit aimer son contraire.

Puisque, forcément, pour en désirer un, on doit se désirer soi-même.

EmmanuelleBelleaurondannemariebilodeaurond

Photo de couverture : source

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