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L’automne, après tout ce temps

L’automne c’est ma saison préférée.

Chaque matin, j’mets mon casque, j’enfile mon sac à dos, j’embarque sur mon vélo pis j’roule sur les feuilles qui pavent le Chemin des Falaises. J’fais ça sans musique, parce que j’aime le volume du vent qui colore mes joues d’une teinte de plus en plus rouge à mesure que la neige s’en vient. J’arrête tout le temps manger mon croissant aux amandes pis prendre mon café dans la petite boulangerie au coin de la rue de mon bureau.

Ce matin-là, j’aurais vraiment aimé ça avoir d’l’air de Sophie Desmarais en débarquant de mon vélo quand tu t’es reviré de bord pis que t’as posé les yeux sur moi.

« – Salut! »

Va chier, que j’ai pensé.

« – Salut! Ça va? » que j’ai répondu.

« – Ouais. T’as l’air en forme!

– J’le suis. »

T’as sûrement lu mon Va chier silencieux au travers de mes yeux, pis t’es allé t’asseoir, sans rien dire. De la même façon que t’es sorti de ma vie la dernière fois que j’t’ai vu.

J’ai passé ma commande pis, tout le temps que j’attendais mon café, j’sentais ton regard noisette posé sur moi pis j’réfléchissais aux milliers de choses que j’aurais voulu te dire. Ça allait de : « Il fait beau dehors, hein ? » à « Penses-tu que c’est vraiment Glenn qui est mort ? Moi j’veux pas qui meurt. » Après avoir reçu ma commande, j’avais pu le choix de me retourner. C’est là que tu m’as souri pis que t’as déposé ton journal. Sur le moment, j’ai vraiment pensé à rembarquer sur mon vélo avec mon café dans une main pis à rouler le plus loin possible de toi. J’devais être pas tellement réveillée, parce que c’est mon instinct de survie qui a été le plus rapide pis j’me suis retrouvé assise en face de toi. Si j’avais à noter notre rencontre sur une échelle allant de « J’aurais mieux fait de me sauver pis de frencher l’asphalte » à « Ce fut un moment agréable », j’aurais ben de la misère à me situer.  À cause de toi, j’ai passé tout le reste de ma journée sur Messenger à écrire des mots que j’voulais t’envoyer pis à les effacer.

En rentrant chez moi ce soir-là, j’ai pas pris le Chemin des Falaises, pis j’avais de la musique ben trop forte dans mes oreilles. L’automne m’a semblé tout à coup pas mal moins beau.

Sur les dernières notes de la chanson Iris des Goo Goo Dolls, j’arrivais dans ma cour pis j’étais bien décidé à faire charger mon cell pour te texter ma façon de penser. J’ai levé les yeux, un petit peu pleins d’eau – pas à cause du vent – pis j’t’ai aperçu debout sur mon balcon. T’étais parti pour me dire que j’te manquais pis, pendant que les feuilles se sont mises à voler dans tous les sens, j’en ai profité pour m’avancer pis t’embrasser.

C’est là que l’automne est redevenu ma saison préférée.

sophieguerin

Par Sophie Guérin

Elodiedugatrond

Élodie Dugat

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