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Depuis que tu me maternes à distance

Écoute, maman, je sais que ça fait pas longtemps que je suis partie de la maison. Pis je le sais qu’on se voit encore souvent, parce qu’à moment donné, faut ben que je vienne faire mon lavage parce que j’ai pas infini de bobettes, t’sais.

Mais je pense que y’a une couple de choses qu’il faut que je te dise. Ou plutôt une couple de chose que t’as oublié de me dire. Des choses qui me semblent pourtant assez importantes.

First thing first, tu ne m’avais pas dit que le savon à vaisselle, le savon à lessive et les sacs de poubelle, ça pousse pas dans les armoires pis qu’il faut les acheter. Je le savais, au fond, mais à quel point?

Tu ne m’avais pas dit que la bouffe que tu cuisines pas est peu gouteuse et que les talents culinaires, ben, c’est pas héréditaire. Pis que manger santé, c’est pas pour les étudiants. Pis la variété des repas, c’est une affaire de bourgeois.

Tu ne m’avais pas dit que de voir des gens marcher sur son beau plancher propre, ça donne envie de s’arracher les cheveux. Pis que de préparer le souper après 10h de labeur, ça donne envie de pleurer pis de jeûner. Ben tu me l’avais peut-être dit mais je comprenais pas, à l’époque.

À part de ça, tu ne m’avais pas dit que ça avait une utilité, une balayeuse à main.

Tu ne m’avais pas dit que y’a encore des gens qui pensent vraiment que je vais leur répondre dans les plus brefs délais alors qu’ils m’envoient une lettre par la poste. Et t’as oublié de me dire qu’une boite à malle, ça a pas infini d’espace.

Tu ne m’avais pas dit que la vaisselle, faut vraiment la rincer avant de la laisser trainer pendant trois jours et qu’il fallait m’équiper d’un marteau piqueur dans un cas échéant.

Tu ne m’avais pas dit que ça se salit vite, un logement. Pis que des interrupteurs, ça se salit, ça aussi.

Tu ne m’avais pas dit que ce serait à moi de t’appeler même si c’est toi qui veux me parler.

Tu ne m’avais pas dit que tu rentrerais dans mon nouvel appartement au pas de course pour aller voir si j’ai fait le ménage de ma chambre. Avoir su, j’aurais pas signé de bail.

Tu ne m’avais pas dit qu’on s’entendrait mieux à distance, même si tu t’inquiètes encore de mon manque d’organisation.

Tu ne m’avais pas dit que tu tenais à moi à ce point là, en tout cas, pas avec des mots.

Tu m’avais pas dit à quel point c’est dur, d’être autonome.

Par contre, y’a quelque chose que tu m’avais dit. Tu me l’avais dit, que je te remercierais, un de ces jours.

Merci.

Merci de m’avoir épargné toutes ces choses, importantes, certes, mais que tu ne considérais pas pertinentes à savoir quand on est enfant.

Je le sais ce que tu penses. Je le sais que tu trouvais que c’était mieux pour un enfant de jouer. Que les soucis viendraient bien assez vite.

Merci d’être assez forte pour me supporter.

Tu ne m’avais pas dit que j’étais un si lourd poids sur tes épaules.

Et tu ne m’avais pas dit que tu serais encore ma béquille après mon départ.

noemiotisrondmarieandreecaron

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