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Le festival qui a polarisé toute mon attention cet automne : QETL

[…] il n’y a pas de contours
à l’insomnie
aucune comparaison possible
entre deux froissements de noir
Extrait de « L’heure pâle ». Louise Dupré. Noir déjà (Le Noroît, 1993).

Du 29 septembre au 9 octobre, le festival littéraire Québec en toutes lettres (#QETL) proposait une édition noire sous le signe du polar. Entre quatre froissements de noir, je vous livre mes impressions. Et des couvertures et titres de livres, vous en verrez plusieurs défiler ici : à vous de faire chauffer votre carte de bibliothèque cette année!

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1. EN PRISON AVEC SK | Entretien avec un tueur en série
Une œuvre de l’artiste pluridisciplinaire et auteur Rober Racine qui nous transporte par son texte, ainsi que sa musique interprétée en direct. Vrai et simple, Racine a su rendre dans sa lecture le côté macabre de son personnage de Serial Killer. Son premier meurtre avec « JPS » (jumelles – pistolet – silencieux), ses crimes dans leurs menus détails, son goût de récidiver ou d’entonner parfois Folsom Prison Blues


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Ces moments où les voix et la musique s’animaient de pair, je les ai savourés : des souffles, de légers coups d’archet et de discrètes notes. Le waterphone! Ma mémoire auditive en renfermait déjà les sons, mais j’ai vraiment découvert cet instrument (de film d’horreur!) lors du spectacle. La guitare, je ne me suis rendue compte de sa présence qu’à la fin. Dommage. Les illustrations aussi vivantes que sinistres, dans leur graphisme minimal, m’ont presque rappelé celles (plus didactiques cependant) des Jours gris. La boutique de la Maison de la littérature aurait pu en faire des écrans de veille. J’aurais été preneuse!

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« On est tous des tueurs ici […] peu importe du côté de la vitre où on est. » Un texte qui permettait de franchir le quatrième mur. J’aurais donc aimé un SK qui fait face au public, avec une journaliste de biais qui donne une lecture beaucoup moins empathique.

2. NOCTURNES | POLARS SONORES

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Dara Engler, Spearfishing for Sea Lamprey, 2014, huile sur toile, 36 x 60 po. Source

Les lamproies (Christiane Vadnais, texte / Miriane Rouillard, son), une forme de fable humaine – et féministe – qu’un lourd voile d’inhumanité entache… Son dénouement malsain, fort dérangeant, m’a surprise et captivée. Aussi captive que l’héroïne j’étais. Des sonorités électroniques, synthétiques, des sons rappelant cet univers de la navigation, plusieurs des voix travaillées comme si elles étaient portées par le rythme des vagues institué par Rouillard. Le parallèle avec les lamproies, présentées de manière technique, c’était pas mal inquiétant!

Les deux Sara (Charlotte Biron, texte / Myriam Lambert, son), ce duo avait comme un quelque chose de la série Stranger Things… J’ai adoré! Seyðisfjörður, une ville de moins de 700 personnes. « Sur le versant nord, il y a les lettres de la ville, comme à Hollywood. Étant donné qu’il fait toujours nuit, elles sont lumineuses. Elles ressemblent beaucoup aux chiffres d’un réveil matin. » En résidence d’artiste pour un projet autour des aurores boréales, Sara est obsédée par l’histoire d’une autre Sara. Une lecture racontée et bien vécue, dans le naturel du parler québécois. Une ambiance sonore mystérieuse, ponctuée de sons nous plongeant dans l’atmosphère étrange de l’enquête : les bruits de l’eau, la noyade, des pas dans la neige, etc.

Paris la nuit (Mélodie Simard-Houde, texte / Ariane Plante, son), un texte dont l’écriture me semblait plus pragmatique, avec des mots qui rendaient donc bien l’esprit vif et le parcours parsemé d’intrigues (et de rencontres) de l’héroïne. J’ai aimé le ton soutenu de la lecture et l’ensemble des arrangements sonores qui ont su éveiller mon imagination. Mention « wow » pour cet effet radio ou plus lointain et ces jeux de voix avec les chuchotements.

3. RENCONTRE AVEC LE CÉLÈBRE ROMANCIER HAÏTIEN GARY VICTOR
Il est 4 h, et je comprends mieux ce que signifie « il n’y a plus de contours à l’insomnie. » Un billet ne me suffirait pas. Je tenterai de nouveaux raccourcis syntaxiques… mais les suggestions de lectures resteront!

Gary Victor estime que son pays a une façon de concevoir la réalité qui est en quelque sorte « poreuse », affirmant ceci lors de l’entretien : « Je vis dans un lieu où il n’y a pas de frontière entre le réel et l’imaginaire. » Il n’y a qu’à lire son roman Le Sang et la mer (Vents d’ailleurs, 2012) et son polar sarcastique Nuit albinos (Mémoire d’encrier, 2016) pour s’en convaincre. Agronome et journaliste de formation, Victor aborde les questions du racisme en Haïti, du choc des classes, du rapport à la bourgeoisie et aux intellectuels, etc. Quant aux réactions pouvant être suscitées par ses éditoriaux, il ne s’en préoccupe pas tant, évoquant l’allumeur de réverbère du Petit Prince. Comme quoi le rôle de l’écriture, c’est de faire « naître une étoile ». Mais ces « allumeurs de réverbère », ils sont bien peu nombreux face à l’immensité des planètes, pas vrai? « Quand il allume son réverbère, c’est comme s’il faisait naître une étoile de plus, ou une fleur. Quand il éteint son réverbère, ça endort la fleur ou l’étoile. C’est une occupation très jolie. C’est véritablement utile puisque c’est joli. » (Chapitre 14, 53-54)

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4. ŒUVRES DE CHAIR : TÊTE-À-TÊTE ÉCLAIRS | RENDEZ-VOUS CLANDESTINS
Mes quelques mots « éclairs » sur cette septième édition d’une soirée qui se passe maintenant de présentation.

  • La routine d’écriture de la romancière Maryse Rouy : écrire tous les matins, 7 jours sur 7.
  • L’historien et muséologue Hervé Gagnon : un second tête-à-tête historique, dans l’intensité (merci aux deux sœurs Décarie qui m’ont accompagnée).
  • Le faiseur de silence : dans une chambre avec projection du film I confess (La loi du silence), une lecture de Jacques Côté. En août 1952, Hitchcock filmait à Québec. Au Bureau de censure, son film perdra plus de deux minutes!
  • La mort donnée à Suzanne et Claude (deux participants) : l’auteur de polars et romans noirs André Marois remplace les noms de personnages dans sa nouvelle noire Refaire sa vie (La Courte Échelle, 2011).
  • L’ambiance rétro, avec chips et crottes au fromage, des photos de James Dean et compagnie : un extrait de L’Âge de l’héroïne (La Grande Ourse, 2016) lu avec fougue par son auteur canado-suisse Quentin Mouron.
  • L’art de nourrir intellectuellement son public : une Marie-Ève Sévigny très enthousiaste de nous présenter Sans terre (Éditions Héliotrope), sorti le 29 septembre 2016. Nous repartons même avec « les lectures de Chef » : Tonino Benacquista, Nos gloires secrètes (Folio, 2013), René Depestre, Alléluia pour une femme-jardin (Folio, 1981), André Jacques, La bataille de Pavie (Druide, 2015), Pierre Lemaître, Verhoeven (Livre de poche, 2015).
  • L’œuvre totale, ma cerise sur le sundae : sous un éclairage aux chandelles, dans un décor sobre avec les fines branches d’un cerisier en fleurs nous rappelant le Japon, Christiane Vadnais interprète l’hôtesse de l’air de sa nouvelle inédite. Une lecture sans faute. Des mots justes, d’une poésie touchante et déconcertante. Nous venons littéralement d’atterrir nous aussi à l’aéroport Haneda, et nous voilà dans un hôtel de Tokyo. Nous entendons la douche couler, comme si la jeune Kimiko y était elle aussi. Ça m’a donné le frisson!

J’ai eu le temps de visiter cinq chambres… mais j’ai su ce qui se cachait derrière d’autres portes (ICI).

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Par Ariane Lehoux

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