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Moi, le violon, ça me fait pleurer

Moi le violon, ça me fait pleurer. Si j’avais pu choisir un instrument pour marquer tous les moments dramatiques de ma vie, le violon l’aurait emporté.

Je revois les scènes du 9 septembre 1999, au ralenti, et le violon, ça le fait.

— Va voir ta mère, dis-lui de m’appeler.

— Mom, Richard veut que tu l’appelles.

— Ton frère est mort.

Mon père m’a téléphoné chez une amie, il voulait absolument que j’aille voir ma mère au travail.

— Bon, tu m’interromps dans ma soirée pour que ma mère te téléphone. Voyons, pourquoi tu me déranges?

— Mom, Richard veut que tu l’appelles.

— Ton frère est mort.

Violon…

Mes jambes ne fonctionnent plus. Je tombe, je crie et surtout, je ne comprends pas. Je ne comprends pas les conséquences que cette annonce aura sur ma vie. Je ne comprends pas que tous les jours, je vais devoir porter cette mort avec moi, en moi. La mort vient de marquer ma vie.

Les corridors de l’école où ma mère enseigne semblent énormes, démesurés. Les formes se déforment, les bruits s’ébruitent, ma vie se transforme.

— Ton frère est mort.

Je retrouve l’usage de mes jambes et elles me crient de courir. Je cours, je pleure, je veux aller voir mon père. Tout ce que je me dis, c’est qu’il va être très fâché : Patrick a encore merdé.

Si seulement il avait juste fait une bêtise. Je repense à ma réflexion et je trouve ça terriblement beau. Terrible de penser que ton père va être fâché de la mort de ton frère. Beau, car je ne comprenais pas encore ce qu’était la mort, j’étais encore si innocente. Pour moi, il ne pouvait pas ne plus être. Les gens ne disparaissent pas comme ça…

J’arrive, mon père fond en larmes dans mes bras. Je ne savais pas que mon père pouvait pleurer. Il devrait être fâché, pas triste. À ce moment, sans que personne ne m’explique, j’ai compris. J’ai compris ce qu’était la mort. J’ai compris ce qu’était le suicide. À 12 ans, sans que personne ne m’explique, j’avais compris toutes ces choses d’adultes. Mon frère venait de s’enlever la vie. Mon frère avait décidé par lui-même de ne plus jamais nous revoir. J’étais fâchée. À 12 ans, je venais de faire mon entrée dans le monde adulte, sans n’avoir rien demandé à personne.

Cyndimartinrond

Par Cyndi Martin

camilleleblancrond

Source photo de couverture

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