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La poupée qui fait non

Un non n’est que le simple commencement d’un oui.

Quand l’expression s’applique à de pauvres parents qui doivent faire front commun face aux demandes incessantes d’un enfant aussi entêté que persistant, l’image fait sourire. Quand on transpose le concept en lien avec le consentement, un profond malaise s’installe.

Depuis quelques semaines, deux documentaires figurent en tête de liste sur Netflix. Abondamment publicisé, chaleureusement reçu et critiquement encensé, Audrey & Daisy et The Hunting Ground lèvent le voile sur la culture du viol aux États-Unis. Pire encore que le triste sort qu’on réserve à ces filles traitées comme de véritables poupées de chiffon, c’ est la façon qu’on a de remettre en question la crédibilité et la motivation des victimes afin de protéger celles des agresseurs, la réputation des universités et le véritable terrain de jeu pervers qu’elles cautionnent. Là où le savoir devrait régner, la vérité n’est en réalité qu’illusion.

Une jeune femme promue à un brillant avenir arrive fièrement sur le campus de son université. Afin de se faire des amis ou simplement de se changer les idées, elle décide de sortir un soir. Elle est abordée par un camarade de classe charismatique qui lui montre une belle soirée. Il la drogue à son insu, l’amène à part, la viole et la reconduit jusqu’à chez elle en la laissant gésir sur le sol, ensanglantée et confuse. La plus courageuse ira se confier à la direction, dénoncera son agresseur et, bien que ce soit difficile à croire, c’est ici que commencera le vrai cauchemar, encore et encore!!!

Martelé par des statistiques alarmantes et happé par une injustice sans nom, le visionnement de ces documentaires est, certes, loin d’être facile. Ne serait-ce que par solidarité pour toutes ces femmes qui ont du subir le jugement d’un interlocuteur incrédule, il en est, tout de même, notre devoir de nous y arrêter. Il serait bien naïf de penser que la présomption d’innocence est au cœur de ce débat. Il faudra d’ailleurs se rendre jusqu’à Washington, en passant par l’industrie lucrative du sport, afin de bien saisir le niveau de corruption qui sert à protéger les intérêts de tous et chacun, sacrifiant au passage l’avenir d’étudiantes délaissées tant par le système d’éducation que judiciaire.

Heureusement que ce genre de choses n’arrive pas au Canada, encore moins au Québec…

Aussi utopique que cela puisse sembler, cette pensée magique avait réussi à me réconforter quelque temps, jusqu’à ce que les évènements des derniers jours ne viennent me sortir de ma torpeur idéaliste.

En moins d’une semaine, de jeunes femmes se faisaient agresser en masse à l’université Laval. Une autre prenait la parole devant les médias en dénonçant l’agression dont elle avait été victime, et la classe politique en prenait pour son argent alors que le présumé coupable siégeait sur la colline parlementaire. Depuis, on explore les cinquante nuances du consentement sur la place publique. Une conversation difficile, mais importante, qui appelle aux dérapages et la polarisation. J’espère seulement ne pas assister à un face-à-face où les hommes seront d’un côté de la ligne et les femmes de l’autre. Il m’apparaît évident que c’est ensemble que l’on arrivera à éduquer la population.

Quiconque rapporte un abus devrait sans équivoque trouver une oreille attentive et être pris au sérieux. La présomption d’innocence devrait éviter les abus du système, alors la justice devrait s’occuper du reste.

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