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Ma solitude

J’ai passé la bague au doigt à ma solitude et l’inverse tout récemment. Il faut dire qu’au début, les gens autour de nous s’opposaient fortement à notre union. Les plissements de sourcils, les questions, les soupirs, les « ben voyons dont! » tombaient comme des feuilles coloriées. On a d’abord pleuré tous les orages d’octobre puis on s’est dit qu’on s’aimait d’un amour à faire rattacher les feuilles aux arbres. Qu’il valait mieux suivre notre cœur puisque c’est toujours la bonne chose à faire, mais quand vient la croisée des chemins, on nous crie que c’est le mauvais cœur qui nous sert de boussole.

Le miel de lune goûtait bon sur nos corps. On a passé des saisons entières à se faire l’amour comme on se prépare pour novembre. Et puis finalement vint novembre. Un peu cassant. Mais nous sûmes nous conserver au chaud. Ensemble. Parce qu’à la cuillère c’est beaucoup plus réconfortant de boire une soupe que d’y aller avec les doigts.

Avec ces doigts, on s’est composé des chansons au piano. C’était rigolo parce qu’aucune d’entre nous ne savait bien jouer le piano. Ainsi on s’est connues. Mais c’est rigolo parce qu’aucune d’entre nous ne savait bien se connaître.

On s’est rencontrées pour la première fois dans nos vies. La toute première fois. C’était un soir d’été où la slush aux fraises m’avait donnée chaud. J’avais une date ce soir-là et je faisais de mes cheveux un champ de cueillette, mais le miroir était sécheresse. Mon panier était vide et le sien était plein. On s’est tout de suite comprises. Elle a mis la moitié de ses fraises dans mon panier et m’a tendu la main. Je l’ai prise.

– On a un bout de chanson à composer ensemble toi et moi. Des notes à apprendre, des gammes à comprendre.

J’ai pleuré parce que c’était vrai. J’ai pleuré des juillets noyés en ayant foi en août. Parce qu’août vient toujours à la suite de juillet et qu’il y a des saisons dans la vie qu’on ne peut sauter. J’ai pleuré tout le soulagement et la confiance que je n’ai jamais eue en mon panier.

J’avais plus confiance en elle qu’en moi-même, sans savoir qu’elle était moi-même. Ce n’était pas une question d’avoir trouvé le bon arbuste, c’était d’avoir trouvé la bonne piste pour s’y rendre.

Qu’importe la saison, nous irons ensemble.

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Par Mélina Gagnon

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Audrey Dumont

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