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Se faire « fourrer »?

Je connais trop de filles qui se sont laissé « barouetter ». Qui ont saigné sur des draps, qui ont eu mal au bas ventre sans pour autant dire, j’ai mal. Moins fort. Comme si dire d’arrêter équivalait à un call pas-assez-pornographique, suivi d’un turn-off, suivi d’une gêne de la nudité à la lubricité éteinte. Comme si dire « je ne vais pas jouir comme ça », égalait une défaite, plate défaite. Comme si interrompre l’acte était un sacrilège. Comme si vouloir baiser pour aimer ça, était égoïste.

Je connais ça parce que j’ai fait partie de ces filles-là, moi aussi. Je me suis trop souvent laissé faire, trop souvent j’ai accepté d’être traitée comme de la merde, par des gars qui ne savaient pas comment faire l’amour. Je regrette de n’avoir pas su parler, aussi forte que je puisse paraître, je regrette de n’avoir pas su dire. Trop occupée à être dans une représentation de moi. La fille qui se plaint juste parce qu’elle en veut plus. La fille game. La fille des vidéos sur YouPorn qui a l’air de jouir même si elle se fait rentrer un poing au complet. La fille qui ne dit pas, j’ai mal, quand c’est trop violent. La fille qui saigne après une pénétration. La fille en quarantaine à cause de son vagin blessé.

La fille qui revoit le gars quand même…

Elle est retournée, elle devait bien aimer ça. Non. Elle aimait le fait d’être un objet sexuel. Elle aimait le fait de retourner en croyant à la possibilité d’une suite. En croyant au fait qu’en saignant juste assez dans ses draps, il allait peut-être la trouver particulièrement swell, particulièrement sexy, particulièrement cochonne.

Elle est retournée, elle devait bien aimer ça. Non. En fait, elle ne devait pas aimer grand‑chose, peut-être même qu’elle était dans un mood où ça n’allait pas pantoute. Ce genre de mood où on a besoin de la validité des autres pour se donner du souffle. Peut‑être qu’elle en était rendue là. Ou pas. Même si on n’est pas nécessairement nous‑mêmes avec quelques verres, quelques regards, il ne devrait jamais y avoir un jeu qui nous blesse.

Notre corps est un temple, qu’y disent dans la Bible. Mon amour je ne guérirai jamais, si tu me fourres dans ma blessure, qu’a disait, Yvon.

Comment un gars peut croire qu’il peut nous fourrer? On n’est pas des « ostis » de beignes. Quel plaisir y-a-t-il dans un acte sexuel violent, sans complicité?

Je me sens mal parfois d’avoir véhiculée une image morte de moi, une image de fille en croix sur le lit, la tête vide. Je me sens mal d’avoir participé à cette fausse représentation de faux plaisir. Je me sens mal et en même temps, je ne comprends pas qu’on ait voulu ça de moi. Qu’on ait voulu que je m’enfonce la face dans le matelas, qu’on ait voulu que je ne sois rien d’autre qu’un réceptacle. J’y repense, j’ai envie de châtrer.

Ce n’est pas parce que je n’ai pas dit non, que je suis coupable et conne, ou que ma parole ne vaut rien.

Dans sa lettre ouverte au Devoir, Alice Paquet écrivait le 24 octobre: « Pourquoi être remontée à sa chambre? […] Parce que j’ai figé, que j’ai eu peur, que j’ai cédé ».

Le problème ce n’est pas d’avoir eu de la misère à refuser. Le problème, c’est le fait d’avoir eu à dire arrête, non, pas comme ça. Avoir à dire qu’on n’aime pas quelque chose ne devrait pas faire partie du vocabulaire sexuel commun. La femme au vagin sans fond n’existe pas. Ou alors elle existe et elle me mystifie.

Ceux-là qui ne jouissent qu’en soumettant, qui prennent des riens pour des oui, les abuseurs de pouvoir, les amateurs de puits sans fond, ils sont dangereux. Il faut que ça change.

***

ArianeLessardrondAliceArsenaultrond

Source photo de couverture 

3 thoughts on “Se faire « fourrer »?

  1. Ok, je ne suis pas une femme: je suis un homme gay qui ne correspond pas forcément au modèle type de la masculinité. Tout ce que je peux dire, c’est que je relate totalement à ce qui est décrit dans ce texte et que ça me touche profondément. Trop souvent, j’ai été confronté à ce type d’individus pour qui la sexualité se construit entièrement autour d’un modèle « dominant/dominé », et je me dis que la représentation de la masculinité est pour beaucoup dans le problème. Les hommes cherchent aussi à sa valider, malgré eux, dans ce pattern grotesque et ces jeux d’attitude désincarnés. Et je tiens à témoigner ma solidarité.

  2. Y’a pas beaucoup de gars qui sont apte à faire autre chose que « fourrer », du moins pas avant d’avoir dépassé le statut d’aliéné que la « masculinité typique » a à offrir. Là on pourrait m’arrêter puis dire « tu fais du mansplaining, c’est des male tears pis t’essaye de ramener toute aux hommes ». Désolé, mais il faut en parler des hommes pour comprendre ce qui marche pas parce que l’être humain c’est pas un système binaire simplet comme une calculatrice ou il suffit de dire non pour obtenir l’obéissance. De toute manière je pense pas qu’une femme honnête avec elle même qui cherche à vivre une relation saine désire simplement se faire obéir.

    Revenons en à l’aliénation des genres par le modèle typique. L’homme s’auto-aliène par son désir de se sentir fort et bien entendu il encourage les autres à le faire. Tu manges un coup, farme ta yeule pis endure. Les sentiments c’est pour les tapettes pis tu veux pas être une tapette parce qu’on va être sur ton dos… peut-être même jusqu’à ce que tu te suicide. Malheureusement, ce schéma là a un effet disruptif sur les dynamique relationnelles, parce que nos sentiments sont des prolongements de l’instinct animal qui s’articulent souvent autour du sentiment d’appartenance(instinct grégaire). L’instinct grégaire c’est une pulsion saine et normale, c’est tout simplement une partie de nous à laquelle une part de notre énergie est dédiée d’avance. Sauf que là on se retrouve avec une personne qui s’est aliénée une partie des outils nécessaire(pulsions et réactions normales) à intégrer les dynamiques sociales et l’homme bien typisé ne fitte pas là-dedans parce que l’articulation de son sentiment d’appartenance est devenue dysfonctionnelle. Une fois que c’est faite pis qu’on est bien aliéné, la pulsion du lien d’appartenance est encore là elle, on l’arrête pas facilement parce que c’est dans notre sang l’instinct grégaire…. C’est d’ailleurs cet instinct là qui explique le nombre incalculable de femme qui se laissent prendre à une game dont elles connaissent souvent l’issue. Finalement, ce qui arrive, c’est que les hommes se replient vers la partie la plus primitive de leur instinct grégaire, le sexe. Avec le sexe y’a ce moment de vulnérabilité qui nous fait frissonner, l’intellect peut pas vraiment donner ce frisson là. En même temps, avec ce frisson de vulnérabilité perdue, y’a le danger de la vulnérabilité qui se pointe le nez et c’est là que le besoin de dominer se pointe le nez, comme dans tous les autre rapports d’ailleurs, parce qu’y faut pas être une osti de tapette vulnérable. Les objets ont pas de sentiments, c’est pour ça que le mâle typique est fortement objectal, c’est une manière d’obstruer son sentiment de faiblesse.

    Pour l’homme typique, les sentiments, c’est comme un piton sur lequel faut pas que t’essaie de mettre le doigt n’importe comment parce que pour devenir « un vrai homme » y l’a crissé en dessous d’une cloche de verre. Si la masculinité typique renvoie un message déshumanisant aux femmes, c’est parce que la masculinité typique est déshumanisante.

    Y’a surement un ou plusieurs livres à écrire sur la question, mais en gros, c’est la vision qui en ressort. Pour les femmes, ben c’est une autre histoire, mais qui tient de l’aliénation aussi.

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