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Ne tue pas les papillons

Le baiser de l'hotel de ville
DOISNEAU, Robert, Le baiser de l’Hôtel de ville

C’est arrivé au moment où je m’y attendais le moins.

J’avais mis mon rouge à lèvre préféré, mes nouvelles chaussures noires pis le parfum d’un échantillon que j’économisais. Je voulais sentir bon, être cute, mais pas trop – et je savais que je voulais le voir juste lui.

On s’était connu sur les notes de Lola de The Kinks ou de Kids de MGMT, parce qu’on jouait dans le même band. Je l’aimais bien, même beaucoup (t’sais, je suis vraiment allée taper Signs that he loves you sur Internet). À chaque fois qu’on se voyait, rien ne pouvait égaler ses yeux, des trous noirs qui aspiraient toute mon attention et son sourire qui, j’en suis sûre, aurait pu s’étirer encore des kilomètres, mais dont la morphologie l’en empêchait. Sauf que moi, j’étais le genre de filles qui se laissent influencer par les expériences souvent malheureuses des autres. Les cœurs brisés de ceux qui me sont chers m’ont toujours aussi brisé d’une certaine manière et je n’avais pas l’intention de me sentir comme eux. Mes deux amies venaient de se laisser et un autre avait tombé dans l’oubli de celui en qui il croyait beaucoup être aimé.

C’était l’automne, le soleil se couchait de plus en plus tôt. Le gars est allé me rejoindre au cégep à 16h00. Il portait une casquette grise et noire écrit Oakley en gros sur le devant, des pantalons noirs, un hoodie Burton et, en dessous, une chemise bleue avec un motif de petites fleurs blanches. Bref, ça matchait pas, mais l’attention donnée au choix de sa chemise restait charmante.

On a marché dans Montréal pis on s’est perdu. J’étais stressée. Pis, il faut avouer que, le centre-ville, ce n’est pas pareil la nuit. Aussi, j’ai failli m’endormir au cinéma. Le film était bien, mais, quand je stresse, on dirait que toutes mes fonctions humaines s’éteignent tranquillement une après l’autre pour me laisser presque inerte mentalement et physiquement (ouais, c’est bizarre).

Cela dit, on a continué de se voir plusieurs soirs. C’était clair qu’il m’aimait aussi. Pis c’est là que j’ai réalisé que l’amour comme ça, celui qu’on partageait, je ne l’avais jamais vu, jamais senti, jamais vécu et qu’il n’avait rien de vraiment stressant. Alors, je me suis lancée dedans.

Ça doit faire un an de ça. C’est arrivé au moment où je m’y attendais le moins. Au moment où j’ai décidé qu’il ne fallait ni avoir peur, ni anticiper, ni chercher, mais plutôt avoir confiance en nous et se laisser flotter par ce sentiment qui nous emporte tous un jour ou l’autre. Chacun mérite d’aimer et d’être aimé.

J’ai compris que les papillons dans l’estomac, ils sont là pour quelque chose.

Et qu’ils peuvent aussi écrire de belles histoires.

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Par Laurence Langlois

Elodiedugatrond

Élodie Dugat

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