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Le jour où j’ai dit « je t’aime » à mon bourrelet

Le jour où j’ai dit « je t’aime » à mon bourrelet, c’est le jour où j’ai pu apprivoiser, enfin, un sentiment de légèreté. C’est le jour où j’ai pu vivre réellement ce qu’est le lâcher-prise, chose bien différente du laisser-aller.

C’est comme si j’avais passé beaucoup trop de temps dans un corset, un corset si serré que j’en avais le souffle court; mon visage était crispé en permanence, faute d’incarcération de mon diaphragme dans cette armure imaginaire. Si mon corps d’hier criait cover of a magazine, mon visage, lui, suppliait qu’on passe le ciseau dans le corsage pour libérer le flot d’oxygène.

Le jour où j’ai dit je t’aime à mon bourrelet, c’est le jour où j’ai accepté l’élasticité du temps que je m’acharnais inutilement à vouloir maîtriser, à vouloir figer, à vouloir contenir dans un instant de minceur se voulant éternel. Au final, cette minceur, ce jeune corps sans plis, mais écorché de distorsions cognitives et d’impression de vide, je ne les aurai jamais savourés. Je me serai attardée sans relâche à ce bourrelet inexistant, pour plus tard affectionner celui devenu bien réel.

C’est en réalisant cela que j’ai constaté une profonde beauté résidant au cœur de la bien triste fatalité de la vieillesse : la beauté d’un corps qui évolue, qui s’adapte aux choix que nous avons faits autant qu’aux choix que la vie a faits pour nous. Quand l’esprit chemine au même rythme que son enveloppe, la beauté de l’acceptation, la saisie de l’instant présent est euphorique. Un corps marqué par ses cicatrices, un corps engorgé de repos forcé ou meurtri par un déséquilibre maladif, un corps qui, dans ses combats, révèle sa complexe féminité, c’est incroyablement beau.

Le jour où j’ai dit je t’aime à mon bourrelet, j’ai proclamé mon amour aux excédents adipeux de toutes les femmes, ne les rendant même plus matière à considération. Libérée partiellement de l’emprise sociale, j’ai pu commencer à voir les femmes pour qui elles sont, à contempler leur âme plutôt que ce qui la contient, et à me rendre la pareille. À ces êtres malintentionnés qui s’amusent à vouloir semer en nous le doute et fragiliser notre cheminement personnel, dites-vous que c’est dans l’amour inébranlable de soi qu’on parvient à tendre l’autre joue. Et cet amour, il se cultive ardemment, à l’année, et commence avec toi. Biblique pas mal mon affaire, mais n’empêche que c’est vrai.

Ce moment où le self-hated a été surpassé par une immuable vague de self-love, de compassion et de douceur, j’ai été libérée de mon corsage, mais j’ai également pu ressentir la douleur de ceux qui n’y sont pas encore parvenus, qui croulent encore sous les standards et la pression.

Lorsque tu seras prête, dis à ton bourrelet que tu l’aimes; tu verras qu’étrangement, il ne deviendra que partie intégrante de ton incontestable féminité, plutôt que le détour grotesque et proéminent que tu avais toujours perçu.

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