Menu

La vraie Safia

Derrière les photos avec un doigt dans le nez, derrière les t-shirts de Gerry, derrière un discours oral cru et vulgaire, une âme en crise chante sa misère. Au-delà des apparences, une voix puissante s’avance. Elle fait résonner des mots. Parce que les mots, c’est le meilleur instrument de Safia Nolin. Son album exhibe ce qui semble être son animal totémique : un épaulard avec son côté sombre et son côté blanc. Pour une fois, parlons de ce côté dark d’où a jailli l’artiste. Allons la rejoindre dans ses nuits solitaires inquiétantes, là où naît l’étincelle de son génie.

« C’est noir dans ma tête
C’est blanc dans mes rêves
Les autres passeront par d’autres chemins que moi
Les autres passeront par d’autres chemins que moi »

baleine
Source

La musique de Safia est inséparable d’une poésie hermétique, difficile à interpréter. C’est notre porte d’entrée dans un univers tourmenté. On ne comprend pas toujours tout, sinon que Safia avait besoin des voiles de la poésie pour nous présenter (ou nous cacher) l’abysse de son univers. Un univers de tête coupée et de guillotine où se profile le suicide ? La maladie d’un proche ?

« Et la guillotine pleure
Sa larme tranchante
Éteint le son du fleuve
Et me hante »

« Aujourd’hui, demain
Peut-être que si ma tête quittait mon corps
Et que mon sang virait de bord »

Le Limoilou de Safia est noir et froid, il est rempli de ruelles où promener une solitude en quête de chaleur. C’est dans ces errances urbaines où se joue les souvenirs d’amours impossibles, d’une sexualité violée? D’une quête de soi douloureuse ? La musique est lourde de secrets à demi dévoilés. Dans les coins sombres de la ville, il y a des choses que l’on aime mieux ne pas voir complètement.

« J’erre comme un fantôme amnésique
Dans les maudites rues de Limoilou
Sous le regard du hibou de plastique
En Basse-Ville y’a mon igloo »

igloo
Source

Pour accompagner ses mots sombres et mystérieux, des mélodies minimalistes de guitare acoustique. Magnifiques mais sobres, elles laissent toutes entières la place à la poésie. De discrètes percussions rythment nos pas dans une nuit poétique lente et lourde. Un piano rare en harmonie avec l’humeur ambiante. En bout de ligne, c’est la voix forte et assumée qui reste pour porter une intériorité trouble mais apprivoisée par les mots.

safia nolin
Source

On finit notre marche attristés, mais on se réjouit tout de même. Dans les ténèbres, la musique nous console de la misère de vivre. Surtout, l’on se dit que derrière les controverses, le look et le langage, il y a une œuvre qui devrait passer devant.

Davidmorissetterond

Par David Morissette Beaulieu

MarieeveJosephrond

Marie-Ève Joseph

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2020. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre