Menu

Mon coming out de pauvre

J’suis pas super riche. « J’euphémise » pour dédramatiser. Non, j’suis pas la plus mal « amanchée », mais oui, j’suis pauvre. C’est pour ça que j’peux pu aller au resto, aller boire une bière, aller dans un café, même pour boire un thé dans une poche à 4 piasses. J’en ai du thé chez nous, je l’achète au Provigo en spécial. Y’est pas équitable, je m’excuse.

J’ai une dette d’étude qui frôle les 25 000 piasses, t’sais, je voulais faire une maîtrise. J’ai d’la chance, j’aurais pu habiter aux États-Unis. Non, j’étudie pas dans un domaine qui m’assure un avenir financier safe, j’étudie en littérature. J’ai travaillé pendant toutes mes études, souvent au salaire minimum. J’ai pris la décision d’habiter tu seule pour finir mon mémoire, pis d’travailler moins pour finir mon mémoire qui finit pu. Ça fait que c’est ça, j’suis pauvre. J’me sens coupable des fois de dire non au monde, ou de pas trop donner de nouvelles, de peur que ça se solde en quesse-tu fais à souare? Je peux pas sortir. J’me connais. À moins que je développe des trucs comme manger avant, boire 40 verres d’eau. Pour vrai, chapeau à ceux qui boivent pas! Faut être fait fort pour aller dans les bars et dire : JE BOIS PAS.

C’est dur aussi d’aller au guichet en espérant pouvoir sortir 40 piasses pis finalement de juste en sortir 20, en culpabilisant… J’cours les lancements avec mon rouge à lèvres de pharmacie pour le vin gratuit. J’propose à mes amis de prendre des marches, de venir boire du thé en poche du Provigo pas équitable, à maison. Pis on dessine ou on se fait des soirées de films gratuits. J’vais passer du temps à la bibliothèque, comme les pauvres à la BANQ ou à la bibli Gabrielle-Roy. Sinon, j’reste tu seule chez nous pis j’écris.

Peut-être que c’est ça, au fond, la vie d’auteur. Ce qu’il me fallait enfin pour écrire? Devenir pauvre… Trop pauvre pour « dater » aussi, c’est peut-être mieux comme ça. Tu veux aller boire une bière? Ouin, mais quekpart où ya d’la 50 au verre pis j’peux jusse en prendre un.

Je sais que j’peux m’en sortir, au pire j’prendrai une session off pour travailler à temps plein à une place qui me tente moyen. J’peux m’en sortir, parce que malgré mon état monétaire, j’suis quand même privilégiée.

***

C’est fou quand même, parce que j’me rappelle cette vidéo très éloquente du chroniqueur Louis T. à Gravel le matin en septembre dernier, qui présentait un topo de la vie sur le bien-être social, avec 623 $ par mois.

Vous en avez peut-être entendu parler, sinon je vous en informe, mais le gouvernement coupera ce montant déjà moindre, chez les demandeurs de bien-être social jugés aptes à travailler et qui refusent de s’inscrire à un programme de recherche d’emploi. Nouveau chiffre tout à fait alarmant, 399$ par mois!

Alors qu’une chambre à Montréal coûte minimalement ce prix-là, il ne reste malheureusement plus rien pour les autres dépenses :

Le gouvernement pousse ainsi vers l’itinérance des jeunes qui, selon Françoise David, députée solidaire, « vivent une grande détresse physique et psychologique. Ils ont besoin de se refaire » avant de songer à s’inscrire à un programme de recherche d’emploi.

Il s’agit de gens qui souvent n’ont ni téléphone ni adresse, a renchéri le député péquiste Dave Turcotte, en entrevue téléphonique, pour exprimer la difficulté de certains de participer à des programmes gouvernementaux[1].

Si je ressens déjà un malaise vis-à-vis de mon nouveau mode de vie, imaginez une personne qui doit vivre avec 400 piasses par mois. Ça veut dire, aucune possibilité d’économie. Et, comme le dit si bien Louis T. dans sa chronique, c’est juste assez, pour pas sortir de chez soi…

***

ArianeLessardrondAliceArsenaultrond

Source photo de couverture

[1] 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de