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Je suis marginale. Ouain, pis?

Être marginal, qu’est-ce que ça signifie pour toi? Quand je lis ce mot, je l’associe au mot « original », qui me plaît beaucoup. Selon moi, être marginal signifie faire les choses différemment des autres et c’est dans ce contexte que j’ai été éduquée. Je viens d’une famille qui ne faisait rien comme les autres. Au moment charnière où beaucoup de couples décident d’avoir un enfant comme projet commun, mes parents ont fait fi des conventions et des qu’en-dira-t-on et ont plutôt décidé de tout laisser tomber (emploi stable, appartement, amis, famille) pour partir à l’aventure et découvrir le monde en voilier. C’était à la fin des années 1970 : faut le faire. Ils ont osé. Certes, ils ont fini par se poser, mais leur esprit et leurs yeux étaient dorénavant grands ouverts. Je les admire beaucoup pour ça. Ils font du compost depuis belle lurette, bien avant que ça ne devienne à la mode (une exigence municipale, maintenant), ils pratiquent la simplicité volontaire et ont fait des choix difficiles mais, ô combien profitables! Mes parents m’ont enseigné des valeurs simples, que je chéris encore aujourd’hui.

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Crédit : Guy Beaudet et Huguette Noury

Lorsque j’étais jeune, mon frère et moi n’avions pas la même conception du jeu que les autres enfants de notre âge. Je suis née au milieu des années 1980. Ma jeunesse s’est tenue au cœur de l’engouement pour les jeux vidéo, mais je n’y ai pas vraiment pris part. Ma mère n’a jamais laissé entrer la moindre console chez nous. Elle était contre l’idée que ses enfants aient les yeux rivés sur un écran. Les temps ont bien changé – mais, à l’époque, elle nous faisait vivre des expériences des plus enrichissantes pour notre imagination. Nous avons notamment fait éclore des papillons monarques dans le solarium de la maison. Mon frère et moi en gardons d’ailleurs des souvenirs impérissables. De nos jours, il faut débourser environ 100$ pour faire une telle expérience et c’est davantage pour sauver l’espèce que pour émerveiller des enfants. Nous avons aussi procédé à des fouilles archéologiques dans notre « cimetière de chats » au fond du jardin (c’était l’endroit où nos chats décédés étaient enterrés). Imaginez la tête de mon frère, qui était un fan fini de dinosaures, lorsqu’il a découvert son premier ossement de chat : un crâne en parfait état. Il sautait littéralement de joie. Nous avons exposé le squelette complet du chat dans notre salon pendant longtemps – nous en étions si fiers. Il y avait aussi les fins de semaines passées sur le voilier de mon père à jouer aux pirates avec nos toutous seconde-main achetés à la friperie de la région. Mes peluches à 10 sous, j’en possédais une centaine et je ne peux me rappeler le nombre de fois où j’ai inventé des histoires dans ma tête pour leur donner vie. Ce genre d’expériences laisse des traces.

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Crédit : Huguette Noury

Mon frère et moi n’avons jamais pensé comme les autres jeunes. N’allez pas croire que nous étions rejetés ou intimidés, au contraire. Nous étions simplement différents. Les autres nous regardaient parfois un peu de travers à l’école avec nos sandwichs « originaux » dans un sac en papier brun, mais ils voulaient toujours y goûter et la répartie paternelle dont nous avons hérité nous a aussi aidé. Je ne vous cacherai pas que notre famille n’était pas très nantie, mais nous n’en avons jamais souffert. Nous n’avons manqué de rien. Pour nous, les vraies valeurs étaient autres que matérielles : elles étaient basées sur les expériences. L’un des plus beaux voyages de jeunesse que j’ai vécu s’est fait dans une petite Renault 5 : nous avons fait le tour de la Gaspésie!

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Crédit : Huguette Noury

Être marginale, ce n’est pas toujours facile, surtout à l’adolescence, mais j’ai réussi à m’en sortir plutôt bien. C’est même devenu ma façon de m’affirmer, en faisant les choses différemment des autres. Inutile de vous dire que ma robe de bal n’a pas été dénichée sur la rue St-Hubert comme toutes mes amies… et l’école au complet! Je dois dire que maintenant que je suis adulte et que je fais mes propres choix, le fait d’avoir un passé teinté de marginalité peut m’être aussi profitable qu’encombrant. Parfois, je ne sais pas sur quel pied danser, je ne suis pas certaine que mes choix viennent réellement de moi. La meilleure façon, je crois, de m’en assurer est de suivre mon instinct… parce qu’être marginale, différente ou originale, c’est la vraie « moi ».

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Crédit : Guy Beaudet

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Par Anaïs Beaudet

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Élodie Dugat

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