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Ma grand-maman

Le plus grand deuil que j’ai pu vivre avant aujourd’hui était à l’âge de neuf ans, lors de la mort de mon hamster, Boo, une petite boule de poils, qui avait tendance à courir la nuit, sur sa roulette, avec un peu trop d’énergie. Sa mort a été si soudaine que j’en ai pleuré pendant au moins deux jours. Puis, le temps passe, notre cœur d’enfant s’en remet, puis on grandit, on vieillit et on vit des expériences un peu plus douloureuses, comme la mort d’un être proche.

C’était un vendredi, un beau vendredi ensoleillé, pas une journée humide et pluvieuse, comme on a l’habitude de subir à Montréal. Non, c’était une belle journée. Je devais terminer de me préparer, mais, parfois, la procrastination à tendance à venir se mettre sur mon chemin, me jase de tout et de rien et me fait oublier mes buts du moment. Sans savoir comment, j’ai atterri sur mon sofa à contempler le soleil par la fenêtre. Puis, vers 18h00, je reçois un message de ma mère. On pouvait y lire : « Rita, ta grand-mère est décédée. » Pendant deux secondes, je me disais que j’allais me jeter par terre, crier ou implorer les dieux. Le genre de scène que tu vois dans les films américains avec une musique de fond, qui accompagne tellement bien l’émotion du moment, comme un vin qui accompagne soigneusement le plateau de fromage que tu choisis au restaurant. Pourtant,  il n’y a pas eu de cri, de larmes, de musique ou de vin. Il n’y avait que moi, assise devant ma fenêtre, le regard vide.

Rendre visite à grand-mère durant les vacances d’été était le moment que j’attendais le plus. Dès qu’on arrivait à son immeuble, on savait qu’on avait la dure tâche de monter les grandes et nombreuses marches d’escalier qui menaient à son vieil appartement, mais ça en valait la peine, parce qu’une fois le supplice terminé, on était accueilli par de petits gâteaux faits maison, du thé à la menthe et l’odeur de son fameux poulet au citron qui chatouillait nos narines. Ça faisait plus de six ans que je ne l’avais pas vu. Ma grand-mère habitant au Maroc et moi à Montréal, je n’avais plus l’occasion de la voir tous les étés comme auparavant, faute de temps, que j’accordais à mes nouvelles responsabilités. Entre-temps, l’Alzheimer commençait à faire son apparition.

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Ma grand-mère, c’était le genre de personne que l’on aimait côtoyer. C’étaient ses mille et un bisous, ses étreintes à n’en plus respirer, ses thés à la menthes parfaits, son regard foudroyant quand on avait le malheur de ne pas finir le plat qu’elle avait servi, ses astuces pour essayer de dissimuler de l’argent dans mes vêtements sous le regard désapprobateur de ma mère et son insistance à toujours vouloir nous faire plaisir. Ma grand-mère, c’était une personne au grand cœur, qui donnait beaucoup.

Quand je pense à elle, je réalise que je n’aurai plus accès à tous ses souvenirs, qu’ils ne seront que des images gravées dans ma mémoire, que je ne pourrai plus la toucher, sentir son parfum ou l’entendre dire à quel point je ressemble à mon père. Je ne pourrai plus l’entendre rire, la voir dormir ou la voir cuisiner pendant des heures dans sa petite cuisine.

Les regrets sont palpables, la tristesse est présente, mais malgré cette douleur, on apprend. On apprend que chaque moment est important, que prendre le temps de dire à une personne à quel point elle nous est chère devrait être primordial, que prendre quelques secondes pour savoir si une personne que nous apprécions se porte bien devrait être aussi primordial, et ce, peu importe le train de vie que nous menons.

La vie est trop courte pour que le mot « regret » en fasse partie.

Aujourd’hui, j’ai perdu un être cher. Je n’ai pas eu la chance de lui dire au revoir, de lui dire que à quel point je l’aimais ou de prendre de ses nouvelles, mais, peu importe où ma grand-maman se trouve, j’espère qu’elle est en paix.

Donc, si tu aimes, dis-le ! Si tu veux passer du temps avec ta famille ou quelqu’un qui t’est cher, fais-le, mais n’attends pas. N’attends pas qu’un coup de vent soudain t’enlève cette chance…

RitaElBiad

Par Rita El Biad

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Élodie Dugat

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