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Ça prend combien de temps oublier un ex?

On était assises sur les deux lits du dortoir universitaire, 2 h 30 am. Une pointe de pizza dans chaque main, notre soirée arrosée nous avait rendus affamées et surtout, audacieuses. Attirées par les sujets de conversation un peu plus olé olé, on s’est mises à parler de gars, bien évidemment.

On riait de la date d’horreur de l’une, et bitchait celui qui n’avait jamais répondu au texte de l’autre. On était toutes emballées de la nouvelle flamme de la troisième, et priait l’autre de laisser le fu*kboy qu’elle fréquentait.

Et ça, c’est les meilleurs moments des sorties entre filles. Avant l’bar, on jase de notre semaine, on empeste l’appart de fixatif à cheveux et de parfum et on partage du vin cheap histoire d’économiser une fois en ville. Et puis après l’bar, on se retrouve en « pij » autour d’une bouffe trop grasse, mais trop bonne, à rire des folies de la soirée. Sortir c’est l’fun, mais rien ne se compare à du bon gossip le bedon plein.

Ce samedi-là, mon amie Roxane était plus raisonnable que nous sur la consommation des calories avec son unique pointe de pizza à la main. De l’autre, elle textait le Britannique qu’elle venait de rencontrer au bar et qui avait insisté pour garder contact. Un beau gars avec un accent craquant et les couilles d’avoir demandé son numéro, what a catch.

Avant que je poursuive, voici un peu d’histoire sur Roxane ; elle vient tout juste de laisser son chum de 3 ans. Et voici un peu d’histoire sur moi ; c’est quoi un chum au juste?

Bref, Roxane jouait la game. Elle attendait une couple de minutes avant de répondre, demandait notre avis sur sa réplique et était tout excitée quand le nom « Britannique du bar » apparaissait sur son écran. Elle avait le comportement typique d’une fille intéressée, et par-dessus tout, une fille over son ex. J’la regardais aller, un peu abasourdie.

D’un côté, y’avait elle, fraîchement séparée d’un gars qui avait été à ses côtés pour tant d’années. Pourtant, elle était déjà de retour sur le marché de l’amour, et ce, à prix réduit. Et puis, de l’autre côté, y’avait moi, incapable d’oublier celui que je n’avais fréquenté que quelques mois. Pathétique.

J’étais en quête d’une explication, ou plutôt une date d’expiration approximative à mon malheur. Alors, j’ai profité de la jasette facile de mes copines pour leur avis : « Hey, les filles, ça prend combien d’temps pour oublier un ex? »

– 2 semaines. Gros max.

– La moitié d’la durée d’la relation.

– J’sais pas moi, j’pas assez nouille pour me mettre en couple.

– Le double d’la durée d’la relation.

Selon mes calculs, j’fittais dans aucune des catégories. J’avais dépassé les 2 semaines, la moitié et le double de la relation et en plus, j’avais été nouille. Conclusion : ça n’allait pas très bien mon affaire!

J’éprouvais beaucoup de difficulté à faire le deuil d’une personne toujours physiquement présente dans ma vie. Les conseils des autres étaient les bienvenus et j’étais partante pour tout essayer, mais sans succès. J’avais supprimé le soi-disant mec de Facebook, Twitter, Instagram et Snapchat. Je m’étais fait couper les cheveux beaucoup plus courts que j’désirais réellement (non, ma coiffeuse ne sait pas que j’ai pleuré au retour à la maison). J’avais déplacé vers la corbeille les photos de couple quétaines de mon cell. Et je m’étais même inscrite à cette séance de yoga les samedis matins ce que j’voulais essayer depuis des mois.

Je refusais d’accepter l’idée générale que la meilleure manière d’oublier quelqu’un, c’est de trouver quelqu’un d’autre. Je voulais me refaire, toute seule. Je voulais accuser le coup, et pour une fois, ne pas repousser mes émotions en dirigeant mon attention ailleurs. Parce qu’on l’sait toutes, un jour ou l’autre, tout remonte à la surface.

Mais alors que j’regardais Roxane composer son texte, choisissant méticuleusement ses mots et ses émoticônes, la passion du début me manquait. La sensation palpitante de lire ce « bon matin » au levé. Le rush de nervosité alors qu’on reçoit ce premier appel alors qu’on anticipait seulement une réponse écrite. La maudite habitude de se créer des scénarios du déroulement de la prochaine rencontre (t’sais, des scénarios qui n’ont aucune chance de se réaliser). Le rappel du début péniblement merveilleux d’une relation rendait ma situation davantage douloureuse.

J’crois que mon problème, c’est que j’suis trop une girl’s girl quand j’sors. Je cherche à m’amuser avec mes amies, danser tant que mes ampoules me le permettent, pour finalement fuir ceux qui pourraient m’en empêcher.

J’devrais peut-être me convertir à la norme et profiter de la sortie plutôt que l’avant et l’après de celle-ci. Et qui sait, peut-être qu’un Britannique du bar, c’est l’ingrédient secret de la recette pour oublier un ex!

popupaudreydumontrond

Par Sophie Robitaille-Meyer

Audrey Dumont

Source photo de couverture

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