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Pensée d’une fille cassée

Je suis cassée. Malgré beaucoup d’efforts de ma part pour ne plus l’être.

Et non, cette fois-ci je ne parle pas de mon cœur, je parle de mes finances. Les paroles de Bernard Adamus jouent en boucle dans ma tête depuis des semaines : « L’hiver va être longue s’tannée je suis cassé ben raide » (chanson à 100 piasses). Ce n’est pas dramatique quand même, beaucoup moins que cela l’a déjà été. Je pensais simplement qu’à vingt-cinq ans cela serait plus facile. J’ai un bon travail et un bon revenu. Il devrait être plus facile de gérer. J’ai établi un calendrier des finances presque aussi gros que la porte de mon frigo, un document sur Excel avec des colonnes de dépenses et des colonnes de revenus, plusieurs rencontres avec une conseillère à la caisse. Je n’y arrive pas. Sur les chiffres, ça balance. Et je pense que c’est ça le pire. Je dis souvent à la blague que je ne sais pas compter, en fait, c’est peut-être une réalité. Malgré mon super système de couleur sur le frigo, il y a des moments de panique dans ma vie financière. T’sais, il y a des moments où j’ai l’impression que je m’enfonce et que je ne vais plus m’en sortir et qu’après avoir tout payé, il me reste 12,57 $ jusqu’à la prochaine paye. C’est stressant et parfois ça fait peur. Et là, j’en parle aux gens qui m’entourent et je me rends compte que je ne suis tellement pas la seule dans ce mood-là. Parce que malgré, mon 12,57 $ je n’ai pas Visa qui m’appelle tous les jours et j’ai encore des petits plats dans le congélateur.

En fait, plusieurs personnes (presque la majorité d’entre nous) vivent cassées. La surconsommation et l’endettement étant des fléaux dans la société nord-américaine. Aujourd’hui, il est beaucoup plus facile de vivre au-dessus de ses moyens. Tout peut s’acheter à crédit. Un nouveau divan, des nouvelles lunettes, une voiture neuve. C’est rendu si facile d’ajouter un paiement supplémentaire. Lorsqu’on l’ajoute à son budget mensuel, nous avons l’impression que c’est un tout petit montant, mais en fin de compte, c’est souvent les frais d’intérêt qui sont ridicules. Il est possible de payer deux fois le prix tellement ceux-ci sont élevés. L’accès au crédit est devenu si facile qu’il n’y a plus ce moment d’attente entre le désir et la possession. Autrefois, lorsqu’on désirait un nouveau réfrigérateur ou une nouvelle télévision, on ramassait des sous sur une certaine période et ensuite on pouvait le posséder. Maintenant, on l’ajoute à ses dépenses mensuelles et lorsqu’on termine enfin de le payer, c’est un nouvel objet plus à la mode que l’on désire. C’est une éternelle continuité. Parfois, comme ce soir, je réalise dans quelle roue je suis embarquée. Malgré le fait que j’essaie de vivre le plus modestement possible et en limitant mes possessions et utilisant le moins possible le crédit, j’arrive justement. Je voudrais toujours plus. Toujours plus pourquoi? Pour me fondre dans la masse et aller aussi dans le sud et avoir un très grand divan même si je suis seule dessus.

À l’approche du temps des fêtes, je me rends compte que cette réflexion est encore plus importante. Depuis un mois et demi, j’angoisse à l’idée de faire des cadeaux de Noël à mes proches, parce que je sais que cela pourrait faire un trou dans mon budget. Je voulais même annuler ma sortie dans la famille à l’autre bout du Québec pour leur faire des cadeaux. L’idée m’étant sortie de la tête que le plus beau cadeau que je peux leur faire c’est justement d’être avec eux. Et si pour cette période, on essayait d’être vraiment ensemble et mettant de côté toutes les possessions et les objets qui nous éloigne les uns des autres.

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Audrey Dumont

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