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Performer, mais à quel prix?

On voit ce qui est beau, ce qui brille ; ce qui n’est pas cassé, ce qui mérite un trophée. C’est toujours ce que l’on voit, ce que l’on remarque. C’est aussi ce que l’on montre, ce que l’on laisse paraître. On souligne la réussite, trop peu l’effort et encore moins les tentatives échouées. On se concentre sur la performance : on veut de l’efficacité, des résultats. Si tu ne performes pas, autant prendre tes clics pis tes clacs et claquer la porte – tu n’as pas ta place ici.

C’est ça qu’on nous fait ressentir. Ce n’est pas volontaire, je crois. C’est plutôt systématique, c’est plus grand que nature. La machine nous gère, la machine nous mène. On suit la cadence. De toute manière, comment s’en sortir? Un stress à peine supportable ; devoir performer, tous domaines confondus – vie scolaire, vie amoureuse, sport, argent, name it.

On voudrait bien envoyer tout le monde balader, ne plus se soucier de notre performance, dire non aux standards et refuser toute cette pression, mais elle fait partie de nous. L’échec est une montagne et, s’il se produit, on le cache. On le substitut par nos bons coups – en tout cas, ceux qui sont moins pires. En apparence, ça doit shiner, être une réussite sur toute la ligne.

Qu’en est-il des efforts? Qu’en est-il du travail acharné? Qu’en est-il de la détermination? Oubliés? S’il-vous plaît, ô grand s’il-vous-plaît, NON. Faites des grandes pancartes lumineuses pour souligner tout le chemin fait, mettez de côté la finalité. Cessons de traiter les gens comme des engrenages dans cette grande machine de la performance. La performance pour qui, la performance à qui? Celle du système qui a réussi à nous assimiler dans son moule? Le stress à son plus haut, les larmes aux yeux, le cœur débattant, une goutte de sueur au front, on s’évertue à réussir, dans tout. On se convainc que c’est ça la clé du bonheur, qu’une espèce d’élite des bons résultats saura nous contenter, saura nous amener au bonheur – s’il s’avère qu’il est une destination.

À travers tout ça, la nature humaine est oubliée, totalement mise de côté. C’est acquis, tout ça, il faut croire. Aucun besoin de le souligner, ni même d’en parler. Tout ce qui mène à la réussite – ou à l’échec – est mis dans une boîte à part, qui ne vaut pas la peine d’être ouverte. Derrière chaque résultat – positif ou négatif – se cache des choses : des sentiments, des idées, des objectifs, des besoins, des désirs – un être humain. Cet être humain se donne jour après jour afin d’achever quelque chose dont il sera éventuellement satisfait et pour lequel il obtiendra de la reconnaissance. Soyons honnête, faisons-nous vraiment toutes ces choses seulement pour nous-même? Si nous étions seul au monde, est-ce qu’il serait aussi important pour nous de réussir? Ma réponse est non et c’est à ce moment que je dénonce toute cette pression qui nous assaille – celle qui nous garde éveillé, celle qui amène des gens à se faire vomir pour maigrir, celle qui amène des gens à consommer pour fonctionner.

Pensez-y bien, si ça brille, combien de fois ça a saigné? Combien de fois les larmes ont coulées? Combien d’échecs ont précédés? Le saurez-vous jamais? Soulignons davantage que les bons coups, soulignons les tentatives, les moyens, les idées. Épaulons-nous et devenons une grande équipe qui vise non pas la performance, mais l’accomplissement de soi – qui ne veut pas toujours dire réussite.

La performance, c’est bien plus qu’un résultat, c’est un amalgame de processus humains, impliquant des calculs inexacts qui visent un but, qu’on atteindra coûte que coûte, que ce soit dans notre propre intérêt ou dans celui de notre société.

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Par Annie-Claude Bergeron

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Élodie Dugat

Source photo de couverture

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