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Album de finissants – retour en enfer

Un petit retour en enfer! C’est ce que nous proposait fort sympathiquement le théâtre Périscope, mardi dernier, avec la pièce Album de finissants, mise en scène par Anne-Sophie Rouleau et Michelle Parent et produite par Matériaux Composites et Pirata Théâtre. Ça promettait, surtout que la pièce est tirée du texte poétique du même nom écrit par Mathieu Arsenault, un auteur qui devrait être sur ta liste de lecture.

Album de finissant, David Morissette Beaulieu, photo 1

Dès notre entrée dans la salle, la configuration scénique nous fait sourire… jaune. Salle de classe avec pupitres et chaises soigneusement quadrillés; élèves en uniforme – des vrais étudiants de secondaire cinq -, assis et amorphes (ils seront le chœur et le cœur de la pièce); cinq surveillants (les acteurs qui seront plutôt des élèves dans la pièce), l’air menaçant, circulant entre les rangées; aquarium enfermant un poisson, symbole de la captivité; cadran brisé, fantasme de tous les étudiants.

Univers bien particulier pour une pièce/spectacle ayant l’ambition de tirer le portrait peu flatteur de nos écoles secondaires. L’univers d’un système éducatif qui enferme sa jeunesse, l’étouffe sous la routine, brise ses velléités de liberté par le biais d’un horaire aliénant, érige le conformisme en règle. Pour le rendre, la pièce a judicieusement misé sur le chœur qui, par les chorégraphies exigeantes qu’il exécute, crée une cadence, une énergie et une beauté paradoxale. Le paradoxe, c’est de créer une symétrie magnifique et une esthétique à partir des matériaux d’asservissement de nos écoles : contrôle du temps, répétition des tâches, bruit des cloches, dictée/dictature. Le tout donne une espèce de danse étudiante qui nous hypnotise autant par son absurdité que sa beauté.

Album de finissant, David Morissette Beaulieu, photo 3Album de finissant, David Morissette Beaulieu, photo 2

Dans cet Album de finissants, on se débat pour garder notre humanité intacte malgré la claustration et les règles. À défaut de vivre quelque chose de grand dans les classes, on rêve fort. Des matières plates et du verbiage inutile des cours, le texte s’enfuit vers les rêveries étudiantes, cet amalgame de désirs sexuels envahissants, de besoin de crier, de danser, de dormir, de s’enfuir, de faire le party trop tard… Le texte est souple, il matérialise le besoin de liberté des jeunes dans ses irrégularités syntaxiques assumées, il part dans tous les sens, il est l’avatar d’une pensée qui veut s’affranchir sans trop savoir comment. On aurait toutefois aimé qu’il soit davantage présent.

Parce que si la pièce réussit son pari avec brio, si elle ne nous rend pas trop nostalgiques de notre secondaire, si elle met le doigt sur toutes les niaiseries des polyvalentes, elle confie une large place à la musique (toujours anglophone) qui empiète peut-être un peu trop sur les magnifiques mots d’Arsenault. Ceci dit, le Mad World repris pas Gary Jules ne pouvait pas être plus approprié, donnant à l’œuvre sa teinte la plus mélancolique.

La brillante idée de faire participer des étudiants à quelque chose de grand, de les faire jouer devant un grand public, de leur donner autant d’espace, se veut fort symbolique. L’audace aurait-elle pu aller jusqu’à ne miser qu’exclusivement sur ceux-ci? Peu importe, car le chœur étudiant n’est pas relégué au rang de décor; la constante interaction entre lui et les acteurs crée une dynamique plus qu’intéressante. Quant à ces derniers, on les remarque pour leurs prouesses acrobatiques, la déclamation des impossibles tirades typiques d’Arsenault et leur polyvalence.

En cette fin janvier à Québec, impossible de trouver un spectacle culturel aussi puissant et PERTINENT!

David Morissette Beaulieu photo no1 texte proraso

Par David Morissette-Beaulieu

catherinejodoinr

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