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Sauf que t’haïs le monde au bar

Deux choix s’offrent à toi : payer 2 piasses pour entreposer ton manteau ou te les geler jusqu’à l’entrée du bar. Tu choisis le 2 piasses en te disant que ça changera rien à tes REER et que ta qualité de vie vaut bien ça.

Le pré-drink au fort, mélangé à un restant de jus douteux te remonte dans l’creux d’la gorge. Ça te rappelle pourquoi, après ton dernier voyage dans le Sud, t’avais fait le serment de ne plus jamais en boire.

La fille au vestiaire te regarde, impatiente et te signifie que t’es pas la seule dans la file. T’as encore le temps de partir en catimini, mais ton amie est déjà en camisole prête à se faire aller. Tu suis le tas de filles avec qui t’es venue et tu te dis que tu pourrais quasiment aimer ta soirée!

Sauf que.

Sauf que tu regardes autour de toi et tu constates que ton outfit est pas aussi top que tu pensais. Tu te compares aux autres filles stylées, habillées en Zara des pieds à la tête et ça te fait chier. T’es aveuglée par le highlight impeccable de la moitié d’entre elles. Tu te rends compte que tu vieillis pis que chaque année, il y a des nouvelles cohortes d’individus de 18 ans qui débarquent au bar pour te rappeler que t’es pus la fille pimpante de 18 ans que t’étais jadis.

Sauf que quand t’arrives enfin près du bar, parce qu’un drink ne fait jamais de tort, t’as même pas le temps de dire : « Allô! » que le barman te fusille du regard. T’haïs les barmans, parce qu’ils se prennent pour le pape. Tu le sais que, dans sa tête, il se dit : « Commande, pis commande plus vite que ça ». Pis toi, tu ne sais plus ce que tu veux, t’es trop prise au dépourvu. Tu commandes une bière à 12 piasses, pis t’aimes même pas la bière. Le monde te regarde croche, une flûte de champagne à la main.

Rendue aux toilettes t’attends ton tour pour faire pipi. Y’a une fille qui braille et son amie qui lui fait un pep talk, une autre qui se remaquille à la grandeur et trois qui semblent se connaître depuis qu’elles sont dans le ventre de leur mère, même si ça fait pas deux minutes qu’elles se sont rencontrées.

Sauf que tu réalises que t’as chaud et qu’un col roulé, c’était peut-être pas la meilleure idée. Tu te sens mal de te frayer un chemin parmi tout ce beau monde qui se laisse guider par le flot d’alcool qu’ils ont avalé : « Pardon, ‘scuse, désolée » de tous les bords.

Et il y a toujours une de tes amies qui décide qu’il fait pas assez chaud. Elle oblige ta clique à aller danser, pis maudit que ça tente à personne, mais tu veux pas passer pour la plate de la gang. Alors tu te dandines. Les secondes se transforment en minutes et t’as l’impression de faire ça depuis toute une vie. Un bras dans les airs, une jambe qui se fait aller et les hanches pas trop certaines de savoir ce qu’elles font.

Sauf que tu parles à personne à part tes amies, mais t’entends vraiment moins bien que si vous étiez restées chez Stéphanie.

Sauf que tu méprises tout le monde et tu te sens mal de le faire, parce que ces gens-là ne t’ont rien fait. Sauf peut-être te rappeler que t’haïs ça, sortir au bar, que tu le fais quand même, mais que t’aurais tellement dû rester chez toi à faire quelque chose de constructif (exemple : t’avancer dans tes séries sur Netflix).

T’haïs l’monde au bar pis le monde au bar t’haït sûrement aussi.

Les bars, ça gosse, sauf que… on y va tous pareil.

florencevezinarondgabriellebernierrond

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