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Je vais consulter un psy

J’suis fort, mais je craque. Je me suis fabriqué cette image de moi-même comme d’un bloc solide, d’un rempart où ceux que j’aime pouvaient se réfugier, d’une forteresse immunisée de tous les maux de l’univers. En fait, la contradiction c’est que j’ai voulu conjuguer une fine sensibilité à la beauté du monde et la volonté de m’imprégner, sans retenue émotive d’aucune sorte, des plus ténus sentiments qui rendent la vie extraordinaire avec une stoïque indifférence aux déboires qu’amène inévitablement cette dernière. J’ai voulu être un mixte de Rocky Balboa et du jeune Werther de Goethe.

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Et puis il y a cette vaine poursuite d’afficher le bonheur. Pourquoi sourit-on toujours de façon niaise pour une photo, comme si la vie ce n’était qu’un flux ininterrompu de bonheur? Pourquoi les gens parlent toujours de leurs voyages comme de l’apothéose terrestre quand pour moi, le seul que j’ai fait a été extrêmement souffrant? Vivre l’échec, s’empêtrer dans l’amertume jusqu’à dire comme un Cioran : « N’est-il pas inélégant d’abandonner un monde qui s’est mis volontiers au service de notre tristesse ? », pleurer, faillir, s’écrouler ; n’est-ce pas ça aussi la vie ? Ma tristesse me colle à la peau, elle m’enveloppe, elle me façonne de l’intérieur.

Et puis il y a le stress. Je suis universitaire et je connais les « je dois ». Je dois élever ma cote au-dessus de 4,00 pour être boursier, je dois participer aux colloques, je dois être impliqué dans la vie universitaire, je dois avoir un beau dossier, je dois mousser mes chances d’avoir un poste trop rare relié aux études en lettres, je dois lire plus, je dois tout lire, je dois aussi m’impliquer en dehors de l’université, je dois être partout, je dois aussi travailler parce que je ne suis pas boursier, je dois être efficace, je dois être assidu, je dois être un citoyen engagé, je dois faire du bénévolat.

Et avec tous ces « je dois », bien difficile de ne pas faire rejaillir le stress jusque dans les aspects les plus intimes de la vie. Le temps de qualité avec mon amoureuse diminue, mes amis gardent ce titre d’« amis » sans pour autant avoir le droit à leur part de mon temps. Ce qui fait qu’à un moment donné, je réfléchis un tant soit peu pour constater que ce qui devait être les priorités dans ma vie n’ont de moi que ma face d’air bête, mon apitoiement et mon absence.

Alors j’ai compris quelques petites choses dernièrement. Admettre sa faiblesse c’est faire preuve d’une courageuse lucidité. Laisser s’écrouler mes fortifications me permet une empathie beaucoup plus accueillante que l’inébranlable image du roc. Ajouter aux « je dois » celui de faire appel aux ressources pour m’aider à rester debout n’est pas un constat d’échec, mais une solution. Avouer mes difficultés amoureuses c’est justement faire passer mon souci de ma relation avant mon orgueil.

Et pourquoi est-ce encore une atteinte à l’orgueil que de s’aider psychologiquement. On va au gym, on se paie des entraîneurs et on se fait féliciter de le faire, mais on devrait rougir de se prendre en main psychologiquement. On devrait rougir de vouloir être une meilleure personne, un meilleur amoureux, un être sachant mieux gérer le stress… ABSURDE! Au fond, qui ne bénéficierait pas d’user de l’expertise d’une personne neutre et professionnelle pour faire ce que la vie moderne ne nous permet plus de faire, à savoir un petit pas de côté pour réfléchir à notre vie.

J’ai décidé aujourd’hui que j’allais consulter un psy!

P.-S. : Les universités offrent, du moins c’est le cas à l’Université Laval, des consultations gratuites. Une simple demande en ligne suffit pour obtenir un rendez-vous.

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Par David Morissette Beaulieu

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Marie-Ève Joseph

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