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L’amour a besoin d’aide

Quand j’étais petite, mon imagination me menait dans des recoins sombres, terrifiants, pas possibles. Je me souviens d’avoir dormi, durant plusieurs années, avec un crucifix au cou et une gousse d’ail dans ma taie d’oreiller. Le genre de réflexe que tu développes quand tu lis la biographie semi-fictive de Comte Dracula pour ado, un peu trop jeune.

J’aimais me faire peur. En lisant des romans à donner la chair de poule, je développais certes des épouvantes démesurées qui me terrorisaient à la tombée de la nuit, mais elles s’accompagnaient également d’un certain sentiment d’héroïsme. Une parcelle de mon imagination savait que si Boogeyman existait, ben que ma force titanesque pour le vaincre existerait elle aussi. Je faisais quand même un saut plongé sur 2 mètres jusqu’à mon lit en revenant de la salle de bain, au cas où il m’agripperait une jambe au passage. On n’est jamais trop prudent.

La vie prend son cours, l’innocence de l’enfance se dissipe, et avec celle-ci de nombreuses peurs qui me font aujourd’hui sourire. Je serais surement plus en forme si je sprintais encore dans chaque cage d’escalier de peur qu’une entité ténébreuse du sous-sol me pourchasse.

Vient l’adolescence où on me parle plus sérieusement de crimes bien réels ; on démystifie le viol, on me parle de comment me protéger en tant que femme, ou comment réagir sans honte dans la mesure où un tel malheur m’affligerait. J’apprends quand même des bases d’auto-défense et je connais par cœur les points sensibles du corps humain, question de mettre toutes les chances de mon bord.

Viennent les cours d’Histoire qui s’approfondissent ; on ne me parle plus des modes de subsistances chasseurs cueilleurs, mais bien de morceaux beaucoup plus sombres, terribles de l’histoire de l’humanité. Je suis assez grande pour l’entendre, maintenant.

On me parle de l’Holocauste en me présentant des photos de la Shoah, où un juif, c’est une balle, qu’elle soit bien placée ou non. Tant que le corps atteint rejoint les autres de sorte à s’empiler dans la fausse sceptique prévue à cet effet. Ça me trouble. Je frissonne, mais je me rappelle que c’est du passé, et que le monde a depuis eu une grande leçon de tolérance et d’amour.

Malgré les tragédies du passé, la tendance terroriste revient à la hausse. Je me dis que ça fait peur, mais que ce n’est pas chez nous, c’est loin. Les armes ici se font rares. Je vais être correct.

L’élection américaine 2016 tant attendue se prépare, tranquillement pas vite. On apprend que la bien narcissique diva qu’est Donald Trump se présente à la tête du parti républicain. On rit un peu du pathétisme de la chose. On rit jaune, mais on rit…jusqu’au moment où il devient la tête de son parti, et que la menace devient réelle.

Trump est élu. Tout le monde a la gueule à terre.

On se pince tous mutuellement sans se réveiller. On tient notre souffle, et on attend.

Et le chaos commence ; cette vague de haine supportée par une infime minorité prend une ampleur plus démesurée que jamais, alimentée par le toupet platine d’en haut. Les aéroports s’embourbent de gens qui ne cherchent qu’à trouver sanctuaire où les bras de leur famille.

Le racisme, le sexisme, le viol, l’islamophobie, la xénophobie deviennent legit. Ben oui, le gars qui trône au-dessus de la pyramide marche en tête de cette parade nourrie par la peur, par la haine. Mes livres d’histoire viennent tranquillement hanter le présent.

Je reviens un soir brûlée par ma journée au travail plus que chargée, la fatigue m’accable, mais mon lit est bien douillet.

Voilà que mon tendre moment de repos est bouleversé, car j’apprends qu’à 10 minutes de chez moi, en face de mon bien-aimé Aliments Toyo, le sang d’innocents a souillé le plancher d’un si respectable lieu de culte. Des corps pour qui la foi et l’amour ont été pris pour crime sont criblés de balles, chez moi. Un acte de haine qui nous percute tous, qui ébranle notre Québec.

L’idée que «c’est loin de chez nous» n’est plus. Ici, comme ailleurs, l’amour est menacé, l’amour est fragile. L’amour a besoin d’aide.

catherinekotiuagarond

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