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La programmation hivernale du Musée d’art de Joliette

Le 4 février dernier, le Musée d’art de Joliette (MAJ) a lancé une programmation hivernale digne de son 50e anniversaire. La Fabrique Crépue a eu la chance d’assister au vernissage des expositions de Marion Wagschal et de Normand Forget, deux artistes canadiens d’exception. Sandra et Anaïs vous présentent leurs coups de cœur.

musée Joliette
Crédit photo : Sandra Nadeau Paradis
Exposition Colossus, Marion Wagschal, Musée d’Art de Joliette, 2017

Coup de cœur de Sandra : Marion Wagschal

J’ai adoré l’exposition Colossus de Marion Wagschal, qui présente des peintures récentes de l’artiste (2008-2016), ainsi qu’une sélection de dessins inédits. Tout d’abord, l’œuvre de Wagschal séduit par sa palette chromatique et son style expressionniste aux accents réalistes. Ses tableaux de grand format suscitent la contemplation, suivie d’une curiosité trouble chez le spectateur, qui s’attache à en saisir le sens. Les principaux thèmes abordés sont le vieillissement, l’enfance, la fragilité, la vie et la mort, la vanité et la détérioration de l’environnement. Les scènes, pour la plupart domestiques, se produisent dans un univers indéfini, parfois imaginaire. La sensualité est également omniprésente dans l’œuvre de Wagschal par ses thèmes ou la représentation de nus. Son œuvre porte une tension perpétuelle entre l’esthétisme et la tragédie, de même qu’entre l’énergie créatrice et la fatigue de l’âme. Les plus érudits sauront apprécier les nombreuses références à l’histoire de l’art, notamment au Colosse de Rhodes (Colossus), au genre allégorique (The Melancholy of Carnivores) ou, encore, au style vaporeux du romantisme (Song for a Dead Coyote).

toile exposition musée Joliette
Marion Wagschal,
Tequila Sunrise, 2008
Acrylique sur toile
182,9 x 175,3 cm
Collection particulière
Source : Musée d’Art de Joliette

Dans cette œuvre magnifique, nous sommes immédiatement confrontés au regard troublé et pensif, presque absent de la jeune femme. Le spectateur est témoin d’une scène où l’homme apparaît telle une menace pour la femme, alors que celle-ci laisse tomber de sa main droite une fleur évoquant le sexe féminin. L’utilisation de couleurs ternes et l’arrière-plan flou confèrent à la scène une ambiance sombre et inquiétante devant laquelle nous demeurons impuissants.

toile musée Joliette
Marion Wagschal,
The Melancholy of Carnivores, 2014
Acrylique sur toile
234 x 178 cm
Collection particulière
Crédit photo : Sandra Nadeau Paradis

La Mélancolie des Carnivores est sans doute le tableau le plus riche de l’exposition. Symbolisant l’avarice et le pouvoir de l’argent, cette allégorie présente la destruction de l’environnement et de la faune qui en découle. La confusion règne dans ce tableau très chargé, présentant des personnages anthropomorphes, des animaux, des travailleurs, un homme d’affaire, de même que des gens masqués effrayants. Il s’en dégage un chaos aux allures apocalyptiques. La Mélancolie des Carnivores est une critique satirique poignante de notre société actuelle.

L’exposition Colossus est présentée jusqu’au 30 avril 2017 au Musée d’art de Joliette.

exposition musée Joliette
Source : Musée d’art de Joliette
Exposition Retracer, Normand Forget, Musée d’art de Joliette, 2017

Coup de cœur d’Anaïs : Normand Forget

L’exposition Retracer présente des œuvres emblématiques de l’artiste Lanaudois Normand Forget, qui nous a quitté récemment. Le Musée d’art de Joliette a voulu lui rendre hommage grâce à une magnifique sélection d’œuvres faite en étroite collaboration avec sa famille. L’exposition m’a beaucoup touchée, non seulement par les thèmes qu’aborde l’artiste (une réflexion sur le rapport aux autres et à l’environnement et le passage du temps, par exemple), mais aussi par la sensibilité qui se dégage de chacune de ses œuvres. On est tout d’abord émerveillé, puis touché par le travail de l’humaniste et écologiste engagé qu’était Normand Forget. À travers d’impressionnantes œuvres picturales, structurales et des documents d’archives inédits, la thématique de la trace est mise en valeur de façon émouvante.

sculpture normand Forget musée Joliette
Polytechnique, 1995
Acier
Collection de l’artiste
Crédit photo : Anaïs Beaudet

Cette sculpture, commandée par le MAJ en 1995, faisait partie de l’exposition organisée en mémoire de la tuerie ayant eu lieu à l’École Polytechnique de Montréal en 1989. Avec les évènements survenus récemment à Québec, on ne peut qu’être ému par l’aspect actuel découlant de cette œuvre. On distingue les silhouettes des quatorze femmes ayant perdu la vie lors de la tragédie, le vide laissé dans l’acier lors de la découpe témoignant de leur disparition. J’ai été bouleversée par la symbolique de cette œuvre.

sculpture Normand Forget musée Joliette
Tableau périodique, 2008
Bois, plaque de cuivre
Collection de l’artiste
Crédit photo : Anaïs Beaudet

Lorsqu’on entre dans la salle d’exposition, on remarque tout de suite l’œuvre imposante. Elle est inspirée du fameux tableau périodique que tout le monde connaît, mais elle laisse entrevoir autre chose lorsqu’on s’en rapproche : les vagues de la mer s’échouant sur la plage. Superposées au fond de cuivre scintillant, des couches de bois recréent l’ondulation de l’eau. On en est presque hypnotisé. Le choix des matériaux rappelle l’impact néfaste des produits chimiques sur la nature, particulièrement par la pollution de l’eau.

sculpture Normand Forget musée Joliette
Forget land, 2006
Piles, résine, silicone
Collection de l’artiste
Source : Musée d’art de Joliette

Je suis restée un long moment les yeux fixés sur cette œuvre avant de réaliser qu’il s’agissait de piles usagées. J’ai trouvé le concept brillant et le résultat magnifique, voire criant de vérité. Réalisée dans le cadre d’un projet intitulé Ça tombe pile, la sculpture frappe par son esthétique, mais aussi par la réflexion qui en découle. La forme de la demi-sphère rappelle celle de la Terre, l’artiste ayant voulu déclencher une remise en question sur l’utilisation des piles, composées de matières dangereuses pour notre planète.

L’exposition Retracer se poursuit jusqu’au 30 avril 2017.

À ne manquer au MAJ cet hiver

Outre les expositions de Marion Wagschal et Normand Forget, le musée accueille jusqu’au 30 avril les Constructions dynamiques de Louis Comtois, l’installation vidéo Orion Tide de Kelly Richardson ainsi que l’installation ludique Femmes de Toilette de Pierre Amyot. Le tout sans oublier l’exposition permanente Les Îles réunies, qui présente une sélection variée d’œuvres de la collection du musée. Le MAJ offre également une multitude d’activités culturelles et éducatives pour toute la famille.

Consulte la programmation complète ici.

Par Anaïs Beaudet et Sandra Nadeau Paradis

catherinejodoinr

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