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Tasser les préjugés

On l’a malheureusement vu lors des attentats au Centre Culturel Islamique de Québec : entretenir des préjugés est susceptible de mener à l’extrémisme, et l’extrémisme, à la violence. Si cette violence ne se traduit pas toujours physiquement, elle fait toujours mal d’une façon ou d’une autre.

C’est quoi, au juste, un préjugé? Le Grand Robert le définit comme une « croyance, opinion préconçue, souvent imposée par le milieu, l’époque, l’éducation ». Comme synonyme, il propose notamment : « erreur, idée (toute faite), jugement (préconçu) ».

Nous portons tous en nous des préjugés. C’est normal. Seulement, nous devons aussi apprendre à nous en départir.

Pourquoi? Parce que, si l’on reprend la définition du Grand Robert, les préjugés sont issus « du milieu, de l’époque, de l’éducation ». Or, nous le savons tous — et d’ailleurs l’Histoire le montre très bien — les époques changent, et à travers elles, l’éducation et les normes également. Il fut ainsi un temps, voire plusieurs, où l’on considérait la traite des esclaves comme un aspect essentiel de l’économie, où l’homosexualité représentait un crime et où les personnes en situation de handicap, peu importe lequel, étaient considérées comme une nuisance pour la société dans laquelle elles vivaient. Certaines de ces situations sont d’ailleurs encore d’actualité.

Comment de tels climats peuvent-ils naître? Ils prennent forme dans l’inaction, dans le cercle vicieux des préjugés.

Les préjugés, c’est confortable. Les préjugés, c’est ce qu’on connaît, c’est ce que les médias véhiculent, ce sont les croyances de nos parents, c’est parfois aussi la vision qu’on nous enseigne à l’école. C’est partout. Les préjugés existent en premier lieu parce qu’il est toujours plus facile de se fier à la première impression que de réellement étudier la question.

Les préjugés, c’est aussi insidieux. Ils s’immiscent dans nos vies sans même qu’on ne s’en rende compte. C’est ce qui explique en partie pourquoi le gentil Pierre Bruneau a prononcé son expression raciste, celle du « terrorisme à l’envers », sur les ondes de TVA sans même avoir eu l’air de s’apercevoir de l’injustice de ses propos.

Les préjugés peuvent prendre diverses formes, allant du plus banal au plus dangereux, telles que :

« Elle ne se force pas assez, c’est pour ça qu’elle ne perd pas de poids. »

« Alors… ça veut dire que t’es lesbienne? »

« Quoi? Tu veux élever ta famille en ville? »

« Les musulmans, il faut vraiment se protéger d’eux. »

« On le sait, les vieux, y’ont aucune vie sexuelle. »

« C’est une weirdo catholique. »

« Sa dépression, c’est juste une excuse. »

« Les gens qui font des burn-out sont faibles. »

« Les BS, on le sait, juste du monde lâche. »

« Les autochtones, c’est tous des alcooliques. »

Etc., etc., etc., etc., etc.

Tous ces préjugés peuvent évidemment être déconstruits.

Qui sommes-nous, de toute façon, pour porter un jugement ? Avons-nous étudié les nombreux aspects de l’objet de notre préjugé de façon sérieuse et scientifique? Sommes-nous réellement en mesure de nous prononcer sur des sujets aussi variés et complexes que la perte de poids, l’homosexualité, le fait d’élever sa famille en ville, les musulmans, la vie sexuelle des personnes âgées, la religion catholique, la dépression, le burn-out, l’aide sociale ou les autochtones?

Il est impératif de surpasser le désir que tout soit tranché, blanc ou noir, bien ou mal, et d’accepter que chaque personne est singulière, a une histoire à raconter qui lui est propre, et se compose d’un amalgame magnifique issu d’un ADN unique. Il est impératif de réaliser que, pourvu qu’il ne brime la liberté de personne, le mode de vie ou la manière d’être d’une personne mérite le respect et la considération.

De toute façon, qu’est-ce que ça nous apporte de nous fermer à l’autre ? Rien. En fait, ça nous enlève probablement le plus beau de la vie. Les préjugés nous rendent aveugles. Ils nous font nous isoler dans nos croyances, reculer devant la différence, passer à côté d’expériences et de richesses extraordinaires, et surtout, humaines.

Comment contrer les préjugés au quotidien ? En restant humble. En acceptant la complexité de ce qui compose le monde. En s’engageant dans une volonté de respecter l’autre et de l’accueillir comme il est. En apprenant à être vulnérable, à se transformer positivement au fil des découvertes et au contact de la multiplicité des formes de vie. En étant sincèrement curieux.

S’ouvrir, c’est aussi apprendre à se connaître. Comment, en effet, savoir ce qui nous fait sentir bien, ce qui nous fait réellement vibrer d’émotions, ce qui nous donne envie de profondément être, si on ne l’essaie pas, si on le connaît pas? Comment savoir ce qui est important pour nous si on choisit d’entrée de jeu la voie du jugement? Comment trouver notre place dans le monde si on ne fait pas de place pour l’autre?

Personne n’est parfait. Tout le monde entretient des préjugés. Mais il importe à chacun de nous d’en prendre conscience et de les déconstruire. Par amour pour les autres et par amour pour nous-mêmes.

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Geneviève Lamoureux

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