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La déshabituée

Ça fait un bon moment que ma vie était plate-plate-plate côté garçon. Pas de nouvelles rencontres, pas de regards coquins dans une soirée cocktail. Pas même de petit garçon craquant au café du coin. Niet-niet-niet.

Dans ma vie trop chargée, c’était pas trop grave. J’aimais mieux gérer l’insatisfaction de ma boite à potins-potins que de gérer ma tête pleine de questions futiles. Ça me relaxait de ne pas attendre impatiemment son texto et de ne pas faire mille et une mises en situation d’une prochaine rencontre.

Ça arrivera quand ça arrivera.

Et POUF!

Une nouvelle rencontre au regard coquin s’est pointée au café du coin. Craquant, il m’a invitée à aller prendre un cocktail.

Et j’suis restée là, rouge, malhabile, stupide.

J’aimerais pouvoir dire que j’ai encore la twist, que j’suis à l’aise comme je l’ai déjà été.

C’est pas le cas. Du tout.

Je suis restée devant lui et j’ai bafouillé des niaiseries. Comme si aller prendre un verre était le pire big deal!

Je suis une déshabituée.

Somme toute, on a échangé nos numéros.

Après l’épisode brasserie, y’a eu la date étude, la date cinéma, l’apéro-resto-gâteau, gros flocons, cappuccino et pépito.

Chaque soir pourtant, en rentrant à la maison, je me trouve terriblement moche face à ma soirée. Et cette fois, je fais mille et un scénarios sur la façon dont j’aurais dû agir, sur la façon dont j’aurais dû rire (ou pas!) ou encore sur la façon dont j’aurais dû m’y prendre pour l’embrasser en sortant de sa voiture.

Mon esprit fait un scan de mon attitude avec lui et je me trouve dont stupide d’avoir dit tellement n’importe quoi du genre : « le Kinball, c’est mon sport pref’! »… What!?

J’ai un sentiment d’incompétence qui me ronge, qui me tourmente et qui me donne même le goût de le « canceller », ce nouveau p’tit boy-là. Parce qu’au fond, j’ai peur que mes inélégances lui donnent le goût de me « canceller » avant.

Et oui, à force de ne pas avoir d’aventurettes, j’ai fini par oublier. Tout oublier.

Chaque lendemain, pourtant, je reçois encore et encore de ses nouvelles.

Bien vite, j’oublie les « j’suis conne » de la veille et j’ai encore le goût de me lancer dans le vide, au risque de me péter la marboulette, au risque de dire ou faire du je-ne-sais-trop quoi.

C’est la déshabitude, la jolie déshabitude.

Et c’est beau toute cette naïveté, cette perte de moyens. C’est beau et ça vaut la peine d’en prendre conscience. Le sentiment de retour à la case départ, c’est pas toutes les activités qui nous l’offrent. J’ai pas fait de vélo depuis 6 mois et j’aurais malheureusement pas l’impression d’en refaire pour la première fois en juin prochain.

Alors après vos premières dates déstabilisantes, cessez de vous mettre la tête entre les mains et souriez à vos maladresses, vos oublis et vos bafouillements! C’est une chance qu’on a d’avoir ces feelings-là aussi forts à chaque fois.

Et en plus, ça lui plaît nos petites gaffes par-ci par-là, nos sourires gênés et nos petites questions déconstruites. Ça lui plaît, et probablement plus qu’on ne le pense.

Je suis déshabituée.

Et j’vous souhaite d’avoir aussi cette capacité de revenir à la case départ. De revivre des premières fois, chaque fois.

Coraliefortinrond

Par Coralie Fortin-Bohémier

MarieeveJosephrond

Marie-Ève Joseph

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