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Et l’après-attentat, qu’est-ce qu’on en fait?

Le 29 janvier 2017, un homme armé de deux fusils est entré au Centre culturel islamique de Québec. Constat : six morts et plusieurs blessés. Deuxième constat : on a arraché à six familles un père, un conjoint, un frère ou encore un fils. Dernier constat : on a enlevé gratuitement le droit de vivre à six hommes pour la seule et unique raison qu’ils pratiquent une autre religion. Si certaines personnes n’osent pas appeler cela un acte terroriste, je ne saurais attribuer un terme plus exact à ce geste.

Vous me direz probablement : mais comment se fait-il que tu réagisses un mois en retard?
Je vous répondrais que, sur le coup, ça m’a atteinte. J’étais complètement immergée dans ce drame même si je ne connaissais aucune des victimes : le coupable habitait dans ma rue, allait à mon école; la mosquée était à quelques pas de chez moi; mon trajet d’autobus a été modifié pendant un moment; j’ai passé devant les lieux à chaque fois que je me rendais à l’école. Bref, chaque jour, il y avait au minimum un élément pour m’y faire penser. Je n’imagine même pas les sentiments d’une personne aussi proche que moi de cet événement, mais qui en plus, y était impliquée émotionnellement.

Donc, je ne réagis pas en retard. Mais si j’en reparle aujourd’hui, c’est que les drames humains sont tout aussi éphémères que peuvent l’être les jours. Il y eut, pendant environ deux semaines, une grande vague de soutien envers la communauté musulmane. C’était si beau. C’était si bien, si rare à la fois.

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Puis, pratiquement plus rien. Et ça, malheureusement, ça fait partie de la vie. On vit un deuil court lorsqu’un lointain cousin meurt. Il devient un peu plus long lorsque notre ami nous quitte. Il devient interminable quand il s’agit de notre enfant. Voici comment se résume l’humanité : les gens les plus concernés auront du soutien, jusqu’à ce que ça se dissipe chez les autres, et ils seront ensuite restreints à vivre plus seul leur souffrance par la suite. C’est le phénomène qu’on a pu remarquer aussi avec l’attentat à la mosquée.

Alors, l’après-attentat, qu’est-ce qu’on en fait? Parce que les familles, elles, souffrent encore, rappelez-vous. Parce qu’en plus, elles redeviennent sujettes de vos plaintes.

Québécois, conservez l’humanité que vous avez su démontrer le 30 janvier 2017. « Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère. Et commenceront les beaux jours, mais nous nous serons morts, mon frère », chantait Raymond Lévesque.

Nous sommes déjà à moitié morts si nous vivons sans amour, n’attendons donc pas de l’être pour de bon.

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Par Florence Côté

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