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Vous un massage, ça vous détend?

Ça semble évident comme réponse, pourtant. Dans mon cas, c’est une fois par année et c’est quand je suis barré ou que je m’en fais offrir un, mais pas pour prendre soin de moi. Par contre, pour le bien de ma voiture eh bien là, c’est autre chose. Je lui fais son changement d’huile quatre ou cinq fois annuellement et je la lave deux fois par mois pour bien l’entretenir. Allez comprendre. (Quoique ça me relaxe puissance 10, passer dix minutes dans un lave-auto à regarder le savon multicolore et les languettes de tissus virevolter partout.)

Pourquoi je vous parle de changement d’huile et de lave-auto? Parce qu’entretenir mon corps pour les mêmes raisons avec un massage, pourquoi hein? Pas le temps, pas l’argent, à la prochaine paie, trop de stress ces temps-ci! Trop de stress?

Mais pas cette fois. Oh non! Je me suis enfin décidé à prendre rendez-vous pour un massage d’une heure. J’ai commencé à être détendu à la minute où la secrétaire de la clinique m’en a fait attendre vingt en écoutant leur musique « ambiance-camomille-spa-détente ».

En entrant, c’est comme dans une église. Silencieux, relaxant, apaisant et avec, en prime, une face de carême à l’accueil. Des odeurs, dites de détentes, qui me font sentir comme dans Le Vampire à la Ronde. (Ça me donne des nausées, les manèges)

Ma thérapeute se pointe dans la salle d’attente où la musique et la chaleur avaient déjà eu pour effet de me faire cogner des clous à en construire un cabanon. Je la suis. Prérequis de massage oblige, elle me pose toutes les questions d’usage. Je lui réponds « Je veux me faire démolir les tensions » à sa question « Quel genre de massage voulez-vous? » et je réponds toujours avec un haussement d’épaules et un air désinvolte à « Vous pouvez garder ou enlever vos sous-vêtements, c’est à votre guise ». Je les enlève chaque fois, mais je me dis toujours que si j’ai trop d’enthousiasme à cette question-là, je passe pour un pervers fini; donc je me la joue nonchalant. Elle sort.

Je me déshabille. Je vérifie et contre-vérifie si j’ai des mousses sur mes orteils. Je m’apprête à m’installer. Sur le dos? Ah non, sur le ventre. Non, sur le dos? Elle me l’a dit, je m’en souviens pu. Je l’écoutais pas tant. Ah non, l’envie me pogne. Trop tard, ça va passer. Vite avant qu’elle revienne et me pogne tout nu. Je m’étends. Toujours un beau moment que celui d’essayer de remonter la couverture pour te couvrir en étant sur le ventre. Je n’ai pas encore acquis cette flexibilité. Je la place à peu près, avec le bras plié du mauvais bord. J’entends la thérapeute revenir, vite ma face dans l’trou à essayer de trouver un confort parfait après plusieurs petits mouvements de la tête de gauche à droite et de bas en haut. Ark, le tapis est vraiment laid.

Chaque fois, c’est pareil. Lorsque mon visage se retrouve dans le beigne de la table à massage, mon cerveau, déjà hyper-productif, se met à capoter encore plus avec ma face entourée d’une serviette sur fond d’éponge fixant le plancher. La thérapeute entre, mon cerveau s’emballe, elle pose ses mains sur moi et c’est parti, et dans ma tête aussi.

« Bon massage, Monsieur Laperrière. »
« Merci, vous aussi. »

Vous aussi?

Ah! Ça fait du bien. Bon, je me détends, faut que je me détende, faut que je me… Faut pas que j’pète. Elle l’espère assurément aussi. Et si je m’endors et que je ronfle? Faut que je relaxe, mais relaxer ne doit pas s’appliquer à mes fesses. Si je m’assoupis trop, ça pourrait arriver. La dernière chose que je veux dans cette position c’est d’en échapper un flottant au travers d’un arôme d’huiles essentielles. L’eucalyptus n’est pas reconnu pour sa puissance à camoufler une vesse de lendemain de veille au-dessus de la face d’une massothérapeute.

Je pense qu’il n’y a pas un massage où la thérapeute ne m’a pas dit « J’ai rarement vu un nœud comme ça », et je sais toujours où est ce nœud avant même qu’elle ne me le dise. C’est l’endroit qu’elle masse où mes muscles tentent de se défendre par eux-mêmes et essaient de quitter mon corps. Ils voient bien que je me concentre à ne pas bouger et tenter de ne pas passer pour une mauviette. Par chance qu’elle ne peut pas me voir, les yeux plissés remplis d’eau, lui disant dans ma tête « CHANGE DE PLACE! CHANGE DE PLACE! ».

« Est-ce que la pression est correcte, M. Laperrière? »
« Oui, parfaite », que je réponds.

PARFAITE? J’ai dit « PARFAITE »?

J’me mords les lèvres et j’encaisse en serrant les dents.

Vient le moment de ma fixation à suivre la démarche prévue et acrobatique de tout massothérapeute. C’est à dire celle de ne jamais lâcher le contact corporel avec son client du bout d’au moins un de ses doigts. J’imagine chacun de ses gestes. Elle reprend de la lotion d’UNE MAIN. Elle me couvre une jambe et me découvre l’autre d’UNE MAIN. Oh? Je la sens indécise sur son prochain mouvement. Elle va me lâcher! Change de main, replace la serviette, rechange de main, remet de l’huile, ne me lâche jamais. Ce sera pour une autre fois, j’en prendrai bien un par défaut…

Elle me masse les pieds. J’ai peut-être encore des mousses de bas? Je ne crois pas, j’ai vérifié deux fois. Je pue peut-être des pieds? Non, je ne pue jamais des pieds. Mais peut-être que cette fois-ci… Bof, avec un soupçon de lotion aux pommes, ça doit camoufler.

« Le massage est terminé, M. Laperrière. Vous pouvez prendre le temps qu’il faut, je reviens dans quelques minutes. » Je me rhabille en vitesse car j’ai trop relaxé. Je l’entends revenir.

À la vue de ma face de « on-jurerait-que-j’ai-dormi-12-heures », elle me dit : « Tout a bien été? » « Oui », avec une voix rauque qui fitte avec ma face. Je paie et elle me dit : « Voulez-vous qu’on regarde pour un autre rendez-vous? » « Non merci, je vous rappellerai. » J’étais déjà dehors.

Bien que mes muscles soient détendus, mon état était plus crispé que lorsque j’y suis entré. Je constate à chaque fois que les massages, ce n’est pas pour moi.

Tiens, ma voiture est sale…

Par Patrick Laperrière

Source photo de couverture

2 thoughts on “Vous un massage, ça vous détend?

  1. Merci pour cet article, je me sens moins seule! Les massages ce n’est pas fait pour moi non plus et chaque fois que j’ose le dire à quelqu’un, je me fais regarder comme une extraterrestre! Je suis contente de savoir que je ne suis pas la seule à ne pas tellement « tripper » sur les massages ☺

  2. Chaque fois que je me fais faire un massage, c’est la même chose. Je finis par relaxer mais jamais totalement et deux ou trois jours plus tard, je me dis que faudrait que j’y retourne plus souvent car je suis encore coincée/nouée.

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