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Sortez le champagne… NOT!

C’est ce que proposait Éric Duhaime en entrevue le mois dernier, au sujet des militants gais et féministes. « Si vous voulez revendiquer, il faudrait peut-être sortir du Québec. Ici, à force de trop pousser ça pourrait avoir l’effet inverse[1] », ajoutait-il sur les ondes du FM 93, le 20 mars dernier.

Buvez! Parce que selon lui, la lutte pour le droit des homosexuels est « passée date[2] » au Québec. Il faudrait plutôt célébrer…

Buvez! Parce que l’animateur « n’est pas une victime »!

« Je n’ai jamais été victime d’intimidation, ce n’est pas ma réalité. » Ben c’est vrai que si son parcours a été doux, ça doit être le cas de tous les autres. C’est un point de vue qui peut faire plaisir à l’adolescent de banlieue qui se faisait traiter de tapette chaque jour parce qu’il était efféminé, ou peut-être aussi que ça peut encourager mes amis qui se « frenchaient » dans un bar de karaoké la semaine dernière, pis qui ont reçu des plaintes, en plus de se faire ostraciser par un propriétaire homophobe. « Je frenche même pas ma blonde de même »! Ben maudit han.

À force d’écouter des discours de cette trempe-là, on va tellement célébrer qu’on va finir chauds morts sur Sainte-Catherine, parce que c’est là la rue des gais à Montréal, la place où les gars de région iront pas boire parce que c’est le repère des gais de la Métropole. Une rue. UNE. Elle sera pas finie la lutte, tant qu’on arrêtera pas de dire que tu chauffes comme une fille, t’es tellement fif, osti que c’est gai… C’est tellement ancré que ça paraît inoffensif. Mais quand même c’est juste des expressions…

Je suis une pédale/ une tapette/ une lopette/ une mauviette/ une lavette/ alouette

Écrivait en écho Nicholas Giguère, auteur du recueil de poésie Queues paru chez Hamac, dans son éditorial poétique  du 24 mars dans le magazine culturel Spirale.

je suis surtout/ ce qu’aucun scientifique/ politologue/ juriste/ législateur/ homme d’Église/ ou soi-disant « spécialiste »/ même pas capable/ de démêler une brassée de blanc/ n’arrivera à condamner

 […] et l’opinion publique/ qui danse un beau grand slow collé/ avec l’ignorance/ qui se crosse à son tour avec la débilité profonde/ et les casseurs de pédés du dimanche/ qui pratiquent les moves de Jean-Claude Van Damme/ sur les premiers venus qui ont l’air efféminés/ qui brûlent des trans/ just for the fuck of it/ qui lapident/ fusillent/ exécutent/ des hommes/ des femmes/ de tous âges/ parce qu’ils se sont aimés en cachette/ qui jugent/ endoctrinent/ condamnent/ parce que c’est la loi du plus fort/ l’hétérosexualité avant tout le reste/ l’angle mort de la sexualité moderne/ objects may be closer than they appear

Buvez! Mais ne levez pas le petit doigt, d’un coup que ça fasse tapette.

Buvez! Mais ne vous embrassez pas « comme on n’embrasserait même pas sa blonde ».

Buvez! Mais faites donc ça sur Sainte-Cath, entre St-Hubert et Delorimier.

Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots/ Je suis si gai, si gai, dans mon rire sonore/

Oh ! si gai, que j’ai peur d’éclater en sanglots ![3]

***

Source photo de couverture

Source [1] [2] [3] La romance du vin, Émile Nelligan

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