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Être métisse : un mélange de fiertés

Vous savez ces enfants qui ont des traits uniques et bien souvent contrastants. Ces adultes qui ont l’air de venir de partout et de nulle part en même temps. Une peau brune, mais pas d’accent. Des cheveux crépus, mais étonnement blond. Des yeux clairs là où on s’attendait à des yeux foncés. Une allure d’étranger avec une identité née ici. Une ouverture naturelle sur le monde.

Les mélangés, les mixés, les mulâtres…

La maladresse est souvent présente et le malaise se voit propulsé à la vitesse grand V dans la conversation. Devant le manque d’évidence et l’apparence trompeuse des traits, la curiosité s’enfarge trop souvent en essayant de trouver réponse à ses questions.

« Tu viens d’où toi? »

« Je viens d’ici. »

Réponse insatisfaisante, mais qui m’amuse beaucoup et pousse souvent à une reformulation plus claire de l’interrogation. Le métissage est présent partout et est un phénomène souvent mal compris. Le terme « métis » est employé pour représenter les personnes ayant des parents biologiques aux origines géographiques ou culturelles différentes, ou encore d’un peuple d’origine autochtone et européenne. Même si métis signifie mélangé, il est couramment employé. Je tiens à souligner l’importance de savoir utiliser les mots appropriés ou du moins d’avoir conscience de la définition derrière l’expression employée pour en parler. Par exemple « mulâtre » ayant une étymologie controversée et une connotation historique lourde, est à éviter selon moi. Ce terme était utilisé à l’époque coloniale pour décrire les enfants issue d’un parent « blanc » et d’un parent « noir » ou encore de deux parents métis. Ces enfants illégitimes, souvent issus de viol d’esclaves ou de relations interdites étaient considérés comme des « bâtards »… Pas le mot idéal admettons pour partir une conversation dans un 5 à 7…  Ne vous méprenez pas, j’ai le réflexe de ne pas m’offenser lorsque quelqu’un emploie maladroitement un mot ou une phrase pour parler de mon identité. S’offusquer n’est pas une solution, mais je considère primordial d’en parler et de trouver une façon plus juste pour définir la réalité. J’ai souvent entendu le mot hybride par exemple. Je comprends la logique derrière le choix de vocabulaire, mais malgré moi je me sens un peu comme un char qui fonctionne autant à l’électricité qu’au pétrole… Aussi, je précise trop souvent que « Non, je ne suis pas adoptée… » ou que « Oui, c’est ma mère. ». Autrement, quand les gens disent « mixé »… Pour moi cela réfère davantage à la musique de David Guetta qu’à d’autres choses, mais bon. Je ne me fâche pas là! Il vaut mieux en rire et préciser le tout en discutant!

Maman a la peau rouge et papa a la peau noire.

Moi j’ai la peau brune et je pense qu’il faut être fier de la diversité de nos origines. En 2017, la couleur de peau ne devrait pas délimiter qui nous sommes et pouvons être. J’ai beaucoup d’amis métis qui ont de la difficulté à se définir eux-mêmes et j’ai moi aussi longtemps cherché activement à rentrer dans un cadre où je conviendrais. Un espace clair où je cesserais de me sentir dans le néant du sentiment d’appartenance. J’ai grandi sur la réserve autochtone de Wendake en ayant la peau bronzée à l’année et des amis wendat, métis, québécois… J’ai longtemps eu l’impression d’être prise d’en une espèce d’entre-culture où il n’y avait personne d’autre que moi et mon petit frère. Ne pas comprendre pourquoi les autres enfants ne me ressemblent jamais. Chercher à uniformiser une différence dure à cacher. Il m’a fallu du temps et des livres pour comprendre que j’essayais de laisser dans l’ombre ce que je devais en fait porter avec fierté : mon unicité. Ma couleur de peau ne me définit pas, mais elle me représente. C’est la première chose qui se remarque à l’œil nu et c’est souvent ce dont les gens se souviennent. C’est toutefois une infime partie de ce que je suis. Être métisse ne paraît pas nécessairement physiquement, mais cela fait partie intégrante de ce que la plupart de nous sommes. Le métissage fait trop souvent référence aux teintes de bruns et aux contrastes physiques alors que c’est beaucoup plus que cela. Voir au-delà est important.

Je porte fièrement mes origines et j’invite tout le monde à en faire autant. C’est un privilège de pouvoir représenter plus d’une culture dans une même vie. Fascinante multiethnicité. Il est important de partager nos héritages culturels et de savoir s’informer de celle des autres. S’ouvrir sur le monde. Quand je parle au gens, je ne vois pas la couleur de mon visage et peut‑être est-ce pourquoi je remarque moins celle des autres. Apprendre à ne pas prendre pour acquis la différence des gens et savoir poser les bonnes questions de la bonne façon. Ne pas catégoriser les traits. Voir des êtres humains, plutôt que des couleurs de peau. Je sais, c’est mélangeant…

Crédit photo : MARTIN SCHOELLE

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