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Les Crépus au théâtre : L’Avare

La Bordée présente en ce moment la dernière concoction de sa mémorable 40e saison, L’Avare, un texte de Molière, mis en scène par Bertrand Alain. C’est donc à une ambiance légère et égayante que nous convie La Bordée, attendu que le théâtre de Molière demeure célèbre et célébré en raison de son humour à la fois accessible et extrêmement intelligent. Or, lorsqu’on va puiser dans un répertoire aussi classique, inévitablement se pose la question de l’adaptation de l’œuvre à notre contexte. Difficile de contenter à la fois ceux qui prisent un théâtre résolument engagé et actuel et les amoureux du classicisme dans toute sa pureté.

L'Avare La Bordée
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Bertrand Alain opte pour un compromis où la fidélité à l’œuvre originaire prend néanmoins le dessus globalement. Reprenant entièrement le texte du grand dramaturge du XVIIe siècle, c’est la langue française dans toute l’étendue de sa richesse, de ses possibilités et des torsions qu’elle permet qui orientera les différents choix artistiques qui accompagnent la pièce. Le texte, extrêmement chargé, envahit l’espace scénique d’un bout à l’autre de la pièce, amenant dans son immense sillage des rires absolument sincères et authentiques. Et dans une pièce de 2 h 30 où il serait irréaliste d’extraire du public une hilarité continue, l’éclat de la langue vient nous éblouir pour ne laisser aucune lacune au spectacle.

Qui dit texte chargé dit lourd fardeau pour les acteurs. Tout se centre sur leur capacité à porter la charge littéraire et humoristique du texte. Il faut réussir à l’articuler pour faire briller de mille feux la beauté d’un texte absolument somptueux, sans pour autant oublier de l’accompagner des accents exubérants, des intonations emphatiques et des expressions faciales et corporelles les plus exagérées et burlesques. Or, à ce niveau, il faut ressortir un cliché pour rendre compte de leurs performances collectives : le brio. Un véritable maelström d’attitudes déversant des pluies de mots et de gestes sévit devant des spectateurs qui s’épuisent juste de contempler l’ardeur de la tempête. Une mention honorable à Frédérique Bradet et Jacques Leblanc dans leur interprétation respective de Frosine et d’Harpagon, qui furent nos préférés.

Jacques Leblanc L'Avare La Bordée
Frédérique Bradet L'Avare La Bordée
Source

L’adaptation de la pièce à notre époque se remarque surtout dans le choix des costumes et des chorégraphies entourant le passage d’un acte à l’autre. Ces deux aspects représentent les moments les plus hilares de notre soirée, si bien qu’on se dit qu’il aurait été intéressant d’en faire plus pour adapter certains éléments de la pièce à notre contexte culturel.

Au final, les 2 h 30 passent très vite et on revient dans notre monde le cœur léger et émerveillé. Excellent remède contre les fins de session amère, il faut toutefois être un amant de notre langue française pour pleinement apprécier le spectacle. Excellente façon de conclure une saison de théâtre mémorable.

Crédit photo de couverture: Nicola-Frank Vachon

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