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La danse c’est pas un sport… AH OUIN?

La danse est un art physique très intense et perfectionniste qui voit sa réputation polluée d’ignorance. Que ce soit par la médiatisation d’images soulevant des débats éthiques, comme la ballerine anorexique ou encore la danseuse nue, ou la faute de l’absence de consommation populaire de spectacle et de performance de danse. Entre la fausse idée et le concret, difficile de s’y situer et de justifier la complexité de symphonies corporelles où la beauté exprimée par la précision de l’exécution est souvent un critère qui, alors, banalise la virtuosité. La danse ça se note mal sur 10 et ça n’est pas fait pour être classée dans une catégorie. Toutefois, je peux certifier à 100 % que cet art est un sport. La danse. Plutôt contemporaine sur un fond silencieux ou rythmée sur un son pop, en studio comme sur scène, en talons hauts ou nu pieds, en performance ou en compétition. Dans ses multiples formes, cette discipline fait preuve d’une polyvalence exaltante et est un médium universel. La danse est pour plusieurs un art, une passion, une tradition, un divertissement…

J’aimerais vous parler aujourd’hui du point de vu de ceux pour qui c’est un sport.

Dansant activement depuis plusieurs années, j’ai souvent eu à défendre cette expression « la danse c’est un sport »…  Avec ses allures de petit loisir accessible et relaxant, la danse sait maîtriser l’art grâcieux du spectacle. Mettre l’effort en arrière-plan pour ne démontrer que l’éclat d’un saut. Bien cacher la sueur sous le costume, bien cacher son côté sportif. Aussi, si vous n’avez pas l’habitude de consommer de la danse, sous diverses plateformes, il est normal que vous ne saisissiez pas l’ampleur du défi physique et psychologique que doivent relever les danseurs.

À fonds dans le corps

La danse est un sport où il est vital d’apprendre à s’entendre avec son corps. Savoir le façonner pour une commande chorégraphique et l’aimer même quand il se blesse. La complexité du mélange sport-art implique ici une mise-à-jour constante de l’état physique inévitablement lié à ce qui se passe dans la tête. Des classes de stretching, des séances de CrossFit, du hot yoga, courir plusieurs fois par semaine, faire du Pilates, aller au gym, se masser, se faire masser, se masser encore le mollet gauche qui ne veut pas relâcher depuis une semaine… Le corps est l’outil de travail, oui oui, comme dans la plupart des sports. Je tiens toutefois à souligner que, dans le contexte où la danse devient souvent plus qu’un passe-temps, le corps se transforme en un instrument de passion. Dangereusement impliqué dans une spirale de perfectionnement : danser est un mode de vie. Malgré ces sacrifices, le métier de danseur est rarement reconnu et valorisé justement. De plus, la reconnaissance de l’interprétation et de la chorégraphie en danse est souvent absente. L’effort étant caché sous le professionnalisme des danseurs, le côté artistique étant mis de l’avant, il est facile d’oublier le dévouement « corps et âme » que cela implique littéralement.

Un sport d’équipe

Les danseurs sont des athlètes. Déjà que faire équipe avec son propre corps ce n’est pas toujours évident, il faut, à moins de danser en solo, savoir se lier à celui des autres aussi. Imaginez un peu si en plus de maîtriser l’art du lancer/courir avec/attraper un ballon, on demandait aux joueurs de football de le faire sur des accents musicaux précis, d’exécuter des effets spectaculaires avec leurs formations dans l’espace, de ne pas être commandités, de se déplacer avec légèreté et souplesse, de sourire, de nuancer la force et l’impact de leurs collisions, ah en pointant les pieds pendant qu’on y est… Pensez-y deux secondes. Sans retenu, on s’exclamerait que c’est tout un sport! Blague à part, danser en groupe demande de savoir créer un climat de respect et de partage. Une chimie qui plonge dans une intimité profonde avec des gens avec qui on n’aurait peut-être même pas échangé un regard dans la rue. Être bilingue en impliquant son corps dans une conversation où l’écoute est la clef et où on demande à tous d’utiliser la même voix. Atteindre des buts scéniques éphémères ensemble et savoir les faire renaître à chaque enchaînement. Gérer son stress de performance et accorder sa respiration à celle des autres. Pratiquer 12 000 fois pour 3, 34 secondes sur scène. C’est fascinant… Pourtant, il y a encore ce regard surpris et cette connotation dans le langage corporel des gens quand je précise que la danse c’est un sport, c’est un métier.

Danser. Un sport impliquant la capacité artistique d’exprimer un état, dans ses particularités et dans son ensemble, lié ou non à une ambiance sonore, en synchronisant un enchainement de mouvements impliquant un contrôle précis de la coordination musculosquelettique, le tout avec force, souplesse et endurance, seul ou en groupe. Certains doutent encore de l’aspect athlétique de la danse… AH OUIN?

Crédit photo de couverture: Maryon Desjardins

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