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Pas heureuse tout le temps, même au printemps

Il fait beau dehors. C’est le printemps : il commence à faire soleil et la neige n’est qu’un souvenir. On arrive presque à oublier le froid. C’est beau, c’est le temps de l’amour, des fleurs et du renouveau.

Et pourtant, tu ne feel pas.

Je m’adresse à toi. Oui, toi. Toi qui as de la difficulté à te lever le matin, parce que le soleil est trop fort – parce que ton cœur est trop lourd. Toi qui stresses, parce que le temps des bikinis, des petits shorts et, forcément, du jugement s’en vient. Toi qui portes en ton sein un mal que tu ne peux pas nommer, mais qui t’empêche de t’émerveiller devant les arbres qui bourgeonnent et les gazouillis des oiseaux le matin. Toi que les gazouillis font chier. Je veux juste que tu saches une chose : c’est correct de ne pas être heureux au printemps. En fait, tu sais quoi? C’est correct de ne pas être heureux, point.

On vit dans un monde de parure et de mirages à défaut de vrai. « Mets un filtre. Souris même quand t’as mal. Prends une photo de ton passeport ou de ton pot Masson le vendredi soir. Fais un boomerang où tu ris pis que tout a l’air de bien aller ». C’est ça, l’important, au fond, non? Pas que ça aille bien, mais qu’au moins ça en ait l’air. Aujourd’hui, j’ai envie de te dire le contraire. Je dis que c’est correct que ça aille moins bien. Ce n’est pas un signe de faiblesse ni un indicatif de réussite, ou, dans ce cas-ci, d’échec. Tout le monde souffre de temps en temps. On a tous de mauvaises journées, des fissures sur le cœur qu’on essaie de cacher. Sauf que, justement, peut-être que si on les cachait moins, si on laissait transparaitre ces fissures au grand jour, on aurait déjà un peu moins mal. On pourrait faire comme dans les rencontres des AA :

« Allô, je suis Marie-Christine et j’ai de la peine, parfois pis, souvent, ma vie n’est pas parfaite. »

Tous ensemble : « Allô, Marie-Christine. »

Voilà, c’est dit. Parfois, j’ai l’impression qu’on perçoit ceux qui laissent entrevoir leur peine ou qui vivent des moments difficiles comme des êtres presque contagieux. On en a peur ; on ne voudrait pas être comme ça, nous. On veut continuer de vivre dans notre fausse perfection. On ne veut pas attraper la tristesse, et, si on l’a, on ne veut pas que ça paraisse. C’est là qu’est l’erreur fondamentale. Cacher sa peine, l’enfouir bien creux au fond de nous, là ou personne ne la trouvera, ça ne la fait pas disparaître : ça la nourrit. Quand on en parle, on l’expulse, on la gère, puis on passe à autre chose. Des fois, c’est long, d’autres moins, mais, de la peine, c’est comme un appendice irrité : même si on tente de le cacher, ça finit toujours par éclater… pis plus on attend, plus ça fait mal.

Donc, malgré le printemps, malgré la société, malgré notre peur irrationnelle d’avoir l’air tout simplement humain, pourrait-on collectivement se donner une chance? Ce n’est pas facile, mais acceptons nos défauts, nos failles ; acceptons les choses qui nous rendent uniques chacun à notre façon. Acceptons, dans cette mascarade qu’est la perfection, que nous ne le sommes pas – pis que c’est ben correct comme ça.

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