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Où se cachent les « bonhommes » tristes pour pleurer

 

Souvent, je parcours les trottoirs ou les corridors ou la vie et souvent je parcours les trois dans un temps même. Ces lieux sont des scènes où les gens sont de mauvais acteurs et où les rideaux se ferment en plein jour pour s’ouvrir en pleine nuit lorsque les salles sont vides et que le concierge a quitté quelques minutes auparavant. On se pose toujours des « emoji » contents à l’intérieur des pupilles, mais c’est comme si le clavier se résumait à quelques variantes heureuses de ces « bonhommes » jaunes. Mais où se cachent les « bonhommes » tristes pour pleurer?

Je me suis toujours demandé pourquoi on ne pouvait pas être triste ouvertement dans un lieu public. Enfin, législativement, c’est possible, mais on se cache toujours pour le faire. Pourquoi faut-il pleurer dans une cabine de toilette souillée ou derrière un foulard mal filé? C’est comme si pleurer était un acte criminel. Aussi un peu comme si c’était dégueu et honteux de le faire. On dirait qu’on nous oblige à porter les masques heureux parce que quelqu’un de triste ça demande du temps, de la responsabilité et de l’investissement et que les gens préfèrent payer 45$ pour assister à une pièce de théâtre plutôt que de regarder ce qui se passe réellement derrière les rideaux. Moi je pense qu’on devrait tout simplement pleurer comme sourire plutôt que de jouer la comédie pas très très drôle. Lorsqu’on s’y arrête vraiment, chaque émotion est saine et mérite d’être vécue. Aucune ne devrait décrocher un premier rôle au détriment de celles occupant des figures secondaires puisque pour monter une pièce complète, on a besoin de chaque membre de l’équipe. Que ce soit les techniciens comme les dramaturges, les acteurs comme les maquilleurs, chacun est essentiel à la beauté du résultat final.

Je souhaite un jour qu’on puisse pleurer à toute heure du jour sans avoir le sentiment d’être démasqué et puis de trouver ça beau. De se mettre à nu devant des théâtres entiers sans que quiconque soit mal à l’aise de la proximité et de l’intimité que cette nudité engendre. Ce serait beau juste de vivre et de trouver ça beau, parce que se donner le droit d’être triste c’est se donner le droit d’être heureux par le fait même et tout ça c’est beau beau beau à s’en couper le souffle.

Sans les masques, s’il vous plaît.

Source photo de couverture

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