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Confession d’une anxieuse

Je suis anxieuse, mais ça veut dire quoi au fond, ça, hein?

Ce n’est pas la même chose qu’être stressé. C’est important de le spécifier. Le stress, c’est situationnel : un examen, une première date, un rendez-vous chez le dentiste peuvent le causer. C’est ce sentiment un peu inconfortable dans ton estomac qui te fait te sentir un peu plus aux aguets. C’est la façon qu’a ton système nerveux de te préparer à ce qui s’en vient.

L’anxiété, c’est différent. C’est plus sourd, plus constant. C’est toujours présent, même si, parfois, c’est dormant. L’anxiété te garde éveillé le soir, alors que la personne à côté de toi est endormie, à te demander si ce que tu as dit plus tôt au souper était une erreur. Être anxieux ne veut pas dire être illogique : tu sais très bien que la personne à côté de toi dort et, donc, que, manifestement, ce n’était pas une erreur… mais tu t’inquiètes quand même. Non, être anxieux ne veut pas dire être illogique, mais le lien entre la logique et la réalité est plus difficile à maintenir. La peur prend le dessus sur la raison. Ton cerveau s’emballe. L’anxiété, c’est un cerveau reptilien actif en continu ; c’est le hamster qui n’arrête jamais de tourner, parce que d’un coup que quelque chose arrivait le temps qu’on se repose? D’un coup que quelque chose se passait si on arrêtait de s’inquiéter? L’anxiété, c’est de s’inquiéter pour tous ceux qui ne s’inquiètent pas. Il faut bien que quelqu’un le fasse à leur place, non?

C’est difficile d’expliquer ce que c’est qu’être anxieux à quelqu’un qui ne l’est pas. C’est comme essayer d’expliquer le goût d’une pomme à quelqu’un qui n’en a jamais goûté. Je vais tout de même tenter le coup ici. Je suis anxieuse, mais je suis fonceuse aussi. Un n’empêche pas l’autre.

Pense au bonheur comme à un œuf de poussin qu’il faut amener du point A au point B. La personne non-anxieuse va prendre l’œuf et savoir qu’il faut lui faire attention, qu’il y a quelque chose de précieux à l’intérieur, mais elle va tout de même le tenir dans sa main et se rendre au point B en marchant. Elle va le faire sans trop y penser, parce que c’est facile, au fond, de ne pas briser un œuf. Pour sa part, la personne anxieuse va passer son temps à jouer avec la pression de sa paume, à essayer simplement de trouver la bonne force : assez pour tenir l’œuf en sécurité, mais pas trop, pour ne pas qu’il éclate dans sa paume. La personne anxieuse sait que c’est facile de ne pas briser un œuf, mais elle sait aussi que ça l’est tout autant de l’écraser.

L’anxiété, c’est ça : la guerre entre les deux côtés de la médaille, c’est-à-dire la recherche de contrôle sur quelque chose qui, au fond, se fait naturellement, mais dont on veut tout de même assurer le fonctionnement. Juste pour être sûr. L’anxiété, c’est penser à chaque inspiration et chaque expiration, tout en sachant que le corps pourrait très bien s’occuper de respirer sans nous.

C’est difficile d’être avec une personne anxieuse. C’est demandant, c’est déroutant, et ce, surtout si on ne l’est pas soi-même, mais il faut comprendre trois choses.

D’un, tous ces questionnements, toutes ces remises en question, tous ces doutes… ils ne sont pas reliés à toi. La personne anxieuse ne se pose pas des questions, parce qu’elle doute de toi : elle s’inquiète, parce que c’est dans sa nature, parce que c’est comme ça. C’est tout. Alors que tu marches dans la vie sans te demander pourquoi le ciel est bleu, la personne anxieuse a eu le temps de se demander si les différentes nuances de gris dans un ciel de printemps veulent dire qu’il pleuvra. Rien de cela n’a rapport avec toi – ou, du moins, rien de cela n’est de ta faute.

De deux, c’est plus facile qu’on le pense de rassurer une personne anxieuse. Ça ne demande pas de grands gestes. Ça ne prend pas grand-chose, en fait. Ça se fait au quotidien : une caresse quand personne ne regarde, un emoji bien placé, un simple « Ça va » ou un « Ça ira » suffisent. Ça ne demande presque rien et, pourtant, ça fait toute la différence.

De trois, ça en vaut tellement la peine. La personne anxieuse l’est, parce qu’elle tient à toi. Personne ne s’occupe mieux des gens qu’elle aime qu’une personne anxieuse qui sait ce qu’elle a entre les mains. Elle sait la valeur de se faire réconforter ; elle sait combien c’est important de se faire rassurer. Jamais vous n’aurez été aussi bien écouté, soutenu ou même aimé. Ça, c’est parce qu’elle sait, c’est tout. Elle y a pensé, elle s’est inquiétée et elle a déjà compris ce dont vous aviez besoin.

Donc pour, les non-anxieux, n’oubliez pas : on est anxieux pour vous. On est anxieux afin que vous n’ayez pas à l’être…

…et, pour les anxieux, faites-moi confiance : ça va être correct.

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3 thoughts on “Confession d’une anxieuse

  1. Wow, wow et re-wow. Tellement bien dit. « L’anxiété, c’est penser à chaque inspiration et chaque expiration, tout en sachant que le corps pourrait très bien s’occuper de respirer sans nous. » J’adore. Merci pour ce texte si véridique, si magnifique.

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