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Derrière mon coeur de pierre

Parfois, j’aimerais avoir un peu plus de contrôle sur mes réactions.

Tu es là, de l’autre côté de la table, à verser des larmes dans ton drink, les mots tamisés de rage, de douleur, d’incompréhension, de regrets et d’élan de confiance.

Je suis là, les doigts qui valsent maladroitement sur mon verre, le visage figé, l’air de dire « désolé, il n’y a pas de service au numéro que vous avez composé ».

Tu te confies à moi et j’ai l’air de m’en crisser.

Je suis mal faite ; mon cœur de pierre tente de me défendre quand j’ai le pouls qui tremble.

J’aimerais être l’épaule sur laquelle tu peux morver. Être l’amie qui te dit la bonne chose au bon moment. Être à la hauteur du rôle que tu me demandes de jouer. Je te jure que j’aimerais ça.

Mais j’ai le cœur blindé.

Je suis mal à l’aise avec les confidences. J’ai peur de te sortir une phrase prémâchée ou que ma tape dans le dos te fasse tomber.

J’ai peur de ne pas avoir assez de compétences pour t’offrir un support digne de celui que tu mérites. J’ai peur d’empirer les choses. D’être celle qui ouvre les robinets de ton cœur et qui te fait pleurer encore plus fort, sans savoir comment rétablir la situation, parce que tsé, la plomberie pis moi, ça fait deux.

Je ne sais pas comment dealer avec l’intimité, pis il n’y a probablement rien de plus intime que quelqu’un qui confie un secret avec le corps en tempête. Tu me laisses voir ton âme et je ne sais pas comment faire ça, moi, prendre une âme dans mes bras.

Je sais que c’est niaiseux, mais j’essaie de me protéger de je-sais-même-pas-quoi en refusant catégoriquement toute forme de laisser-aller. J’ai peur de perdre le contrôle si mes émotions décident de s’en mêler.

Par écrit, j’aurais probablement quelque chose d’intelligent à te dire. Ou au pire, je t’enverrais une vidéo de chats pour te faire rire ou une toune qui remonte le moral. Sauf qu’en live, je n’ai pas de plan B, puisque je suis pourrie en mimes et que je chante comme une casserole.

J’espère juste que tu sais à quel point, NON je ne me fous pas de ce que tu me racontes. Même si ma face reste au neutre et te laisse croire le contraire, j’ai vraiment beaucoup d’empathie pour ce que tu vis. Et ça me touche pour vrai que tu aies assez d’estime envers moi pour me partager tes doutes, tes questionnements et tes problèmes.

Je ne suis clairement pas la pro des conseils spontanés, mais je suis capable de tout entendre, sans jugement et sans impatience, ça,  je te le garantis.

Mes silences ne sont pas un signe de je-m’en-foutisme, mais servent plutôt à laisser toute la place à ce que tu as besoin de sortir, histoire d’ensuite pouvoir faire le plein d’étoiles et de lumière.

Tu n’es pas seul.

Je suis là… Maladroitement, c’est vrai, mais je suis là.

Et, plus que tu peux te l’imaginer, ça me fait vraiment plaisir de l’être.

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