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La rue, berceau des peurs

On m’a souvent dit d’être prudente, de ne pas me promener seule – surtout pas dans les grandes villes, encore moins le soir. On m’a même appris à me défendre avec un trousseau de clés. On m’a dit que les gens ne voulaient pas tous mon bien, que les requins n’étaient pas tous dans l’océan. J’en suis consciente, mais je n’ai pas peur… pas parce que je suis ignorante, pas parce que je crois que ça n’arrive qu’aux autres, pas parce que je crois qu’il s’agit d’un mythe. Je n’ai pas peur, parce que je suis naïve (à ce que l’on dit) et que j’ai décidé de croire en la bonté du monde. J’ai choisi de ne pas alimenter cette industrie de la peur de l’autre, de l’ignorance et de l’isolement volontaire. Alors, j’ai foncé. Je suis juste allée marcher seule downtown, dans la grande ville, dans un pays qui n’est pas le mien, mais, quand même, il paraîtrait que c’est bien téméraire de faire ce que j’ai fait. J’étais donc à San Diego, un jeudi du mois de mai. Je m’attendais (selon les recommandations reçues) à :

  • me faire harceler par toutes sortes de bizarres, junkies, SDF et criminels notoires ;
  • me faire solliciter par un réseau de prostitution ;
  • me faire accoter dans un mur d’une ruelle sombre ;
  • me faire offrir de la drogue ou même m’en faire mettre dans mon sac ;
  • me faire voler mon sac ou mon auto ;
  • me faire violer, me faire battre, me faire shooter, mourir au bout de mon sang lors d’une agréable balade dans un coffre de char et être déchiquetée en lambeaux avant d’être lancée dans le Pacifique (j’abuse à peine).

Le point culminant de mon article : je suis vivante! et j’ai décidé de vous faire part des highligths de ma balade.

  • Une dame SDF m’a arrêté pour me dire qu’elle adorait ma robe et que je semblais heureuse et en santé (ben oui, crime, j’étais en robe).
  • Un monsieur (avec des tatouages sur le visage pis toute!) m’a demandé si je connaissais un endroit pour acheter des fleurs pour sa fille.
  • Un serveur dans un resto a essayé de me parler en français. Il m’a conseillé des endroits, m’a donné un carnet de rabais du voyageur, m’a parlé du coin et des incontournables.

Ça fait que c’est ça. C’est plate de même. Je n’ai vu aucun fusil, on ne m’a pas injecté d’héroïne à mon insu et j’ai même fini ma soirée à la plage par une balade nocturne. Aucun pickpocket ne s’est attaqué à moi, si vous vous le demandez, mais j’ai vu beaucoup de gens s’amuser autour de feux de camps.

Les discours de promotion de la peur, ça fait naître la peur, les différends. C’est là qu’il est, le vrai danger. Je n’ai pas peur de ce que le monde a à m’offrir – ou à me prendre.

Source photo de couverture

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