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La glorification des notes…

Je me suis encore surprise, l’autre jour, à texter mon copain, éprise d’un intense sentiment de joie mêlé de fierté et d’excitation : je venais de recevoir ma note pour un travail, 29/30.


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En me levant pour atteindre mon cellulaire, j’y ai pensé. Je me suis dit : « Franchement, c’est toujours ben juste une note pour un travail, qui t’a fait chier d’ailleurs, et dont tu te fous pas mal. Pourquoi tu t’en vas encore lui texter ça? » La réponse : je sais pas. C’est plus fort que moi. C’est comme si c’était le highlight de ma journée que je voulais absolument partager. (Vous allez me dire que ma vie est plate en mautadit, et vous n’aurez pas si tort. Quand t’es prof et que t’étudies à temps partiel en même temps, t’as une DOUBLE fin de session. L’horreur, je sais.)

Au final, cette joie-là est de courte durée. Je suis déjà retombée dans mon stress, mes travaux, mes corrections, alouette! Alors ça servait à quoi de s’exciter le poil des jambes pour si peu?


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Lorsque je remets des notes à mes étudiants sur le portail de cours, j’ai toujours un malaise. J’essaie toujours de m’imaginer de quelle façon ils vont réagir en la voyant. J’aimerais être à côté d’eux pour pouvoir leur expliquer vraiment, en plus de mes commentaires, les faiblesses et les points forts de leur travail. Leur répéter ad nauseam qu’ils ne sont PAS leurs notes. Que leur note pour un examen représente l’évaluation de certaines de leurs compétences à un moment précis et dans un contexte particulier. Plusieurs facteurs peuvent faire jouer la note de quelqu’un et je trouve si dommage qu’on s’identifie aussi facilement à celle-ci.

Les p’tits vites me diront : oui mais Audrey, les notes, c’est important pour entrer dans un programme contingenté. Je sais. J’aimerais simplement qu’on se compare à nous-mêmes, premièrement, et non aux autres à tout prix. Si ton objectif est d’améliorer ta note en cours de session, parce que tu es prêt à y mettre les efforts nécessaires, go, vas-y! Si ton objectif est d’être au-dessus de la moyenne, il me semble que c’est moins signifiant. C’est un peu pour cette raison que je n’affiche pas les moyennes de mes groupes. Je les donne bien sûr à ceux qui en font la demande, mais j’explique à tout le monde que l’important est qu’ils ressentent de la fierté pour leur travail accompli et qu’ils comprennent leurs erreurs. Je suis plate de même, oui.

Plus j’y pense, plus j’ai l’impression qu’à force d’être toujours évalué et de prendre ça pour du cash, on perd peu à peu notre faculté à s’auto-évaluer dignement. À souligner nos réussites et nos bons coups, sans avoir à se référer à une note, à l’opinion de quelqu’un d’autre. Souvent, lorsque mes étudiants viennent me voir pour avoir mon avis sur leur travail, je leur retourne la question : et toi, es-tu fier de ton travail? Trouves-tu qu’il est bon? Je suis toujours surprise de voir leur air désemparé, ne sachant pas trop quoi me répondre. En fait, ils ne se font pas confiance et me donnent parfois l’impression de tenter de faire plaisir au lecteur plutôt qu’à eux-mêmes. J’aimerais très fort qu’ils retiennent que, dans la vie, il ne faut pas attendre après les autres pour être satisfait de soi. Il faut mettre les efforts nécessaires pour être fier de soi, au lieu de le faire à tout prix pour la note. Parce qu’une note, au fond, c’est toujours bien rien qu’un chiffre!


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Je vous laisse sur cette petite vidéo fort appropriée :

Image de couverture : source

One thought on “La glorification des notes…

  1. Encore une fois un texte sur la touche et en plein dans l,actualité du Jour! Je suis fière de toi.Tes analyses et opinions sont toujours justes et sondées.

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