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Écouter pour mieux entendre et être entendu•e

À priori, j’aurais tendance à me décrire comme quelqu’un de relativement ouvert d’esprit, tolérant, curieux, concerné.

Et pourtant, les occasions au cours desquelles je me sens frustrée face à des discours différents et avec lesquels j’éprouve un désaccord fondamental sont nombreuses. Ces situations peuvent apparaître dans différents contextes. Avec mes amis, ma famille ou encore des inconnus rencontrés par hasard.

Malaises, malentendus, vides communicationnels… Tout cela amène des sentiments de déception, de colère, d’incompréhension que nous sommes nombreux à trouver difficiles à gérer.

Dans ce cas, comment faire face à quelqu’un dont les valeurs ou les opinions sont diamétralement opposées aux nôtres? 

On a beau se targuer d’avoir les plus louables qualités, il arrive toujours un moment où nous avons le choix de négocier avec nos convictions ou celui de quitter la situation où la confrontation semble la seule issue.

Je parle ici d’opposition de valeurs profondes, de visions du monde incompatibles, de disparités de perception telles qu’il devient fastidieux d’entamer la conversation sans l’intention sous-jacente de changer l’autre.

C’est une ambition dangereuse que celle de vouloir imposer à quelqu’un notre regard sur les choses ou les phénomènes. Ça l’est d’autant plus lorsque nous sommes familiers avec l’interlocuteur. Souvent, dans ce dernier cas, l’expérience partagée avec la personne soustrait notre accès à une très utile objectivité.

Ma problématique est donc double : dois-je user d’empathie afin de comprendre les racines du raisonnement que je juge inadéquat ou accepter de façon définitive la différence?

La seconde option, bien qu’elle implique l’acceptation, n’offre pas la possibilité d’échanger et risque d’infertiliser le débat voire même de l’empêcher d’émerger. J’aurais tendance à croire qu’il vaut mieux stimuler la discussion que la stériliser, qu’il est toujours mieux de semer les graines que d’arracher les mauvaises herbes. En d’autres termes, c’est en partant du principe que l’autre n’entendra pas nos idées que l’on fait preuve de fermeture d’esprit. C’est en fait concevoir à priori qu’il n’écoutera pas, c’est soi-même se refuser à écouter que de quitter la situation.

Ceci dit, il s’agit de prendre en considération son propre état d’esprit ainsi que celui de l’interlocuteur. En ce sens, il est essentiel d’être dans une bonne disposition d’esprit lors de l’interaction. Quel peut-être l’intérêt de foncer tête baissée dans un échange à risque lorsque l’on sait que rien de constructif n’en ressortira?

Il est important de ne pas perdre de vue que nous sommes deux dans l’échange. La discussion peut être vue comme une équation à deux inconnues dans laquelle l’objectif est commun : parvenir à un entendement afin de démêler tout ça. C’est pourquoi j’insiste sur l’importance de l’empathie dans la démarche de négociation avec l’autre, se mettre à sa place, enfiler l’habit de l’autre pour mieux le comprendre. Même si l’objectif de compréhension de l’autre reste relatif, c’est la tentative qui compte, c’est l’intention qui se manifeste comme clé de la réussite de l’échange. Si les deux parties s’engagent à tenter de communiquer, à essayer avec sincérité d’entendre ce que l’autre propose de sa vision, il devient alors beaucoup plus rare de demeurer dans l’opposition. Certaines personnes sont et serons toujours irréconciliables, certaines opinions resteront fondamentalement stériles vis-à-vis l’autre, mais c’est bel et bien l’exercice de la tolérance et de l’apaisement qui nous aide dans cette démarche.

De plus, la frustration entrainée par une communication impossible, bloquée, enracinée dans les égos provoque l’émergence de sentiments négatifs qui accaparent nos esprits et agissent comme des nécroses sur nos joies et les petits bonheurs du quotidien.

Et puis, peu importe finalement l’issue du dialogue, si l’initiative nous a permis d’aller au-delà de nos œillères, d’apercevoir un autre champ de perception que le nôtre, de toucher à un monde qui nous est inconnu, de caresser d’autres possibilités, alors l’idée même de conviction disparaît. Nous ne sommes pas sur la Terre pour démontrer constamment la vérité ni pour absolument exiger d’autrui une compréhension profonde qui est un leurre. Il est d’ailleurs peu probable qu’un individu sur Terre partage la même vision des choses et des êtres que nous. Le sachant, il s’agit plus de se servir de ces différences comme nourriture de l’âme pour enfin cesser de s’en offusquer au risque de se fermer encore plus aux multiples possibilités que nous offrent la vie et les personnes qui existent autour de nous.

En somme, je préconiserais de privilégier la confiance en soi et la confiance en l’autre, le recul et la compassion vis-à-vis des expériences différentes, des pensées éloignées, des discours problématiques à nos yeux.

Nos opinions et nos valeurs sont intrinsèquement liées à notre éducation, à l’environnement dans lequel nous grandissons, nous nous formons, nous découvrons le monde. Alors, nier l’échange et la discussion c’est nier cette part identitaire de l’autre, et d’une certaine manière s’en dédouaner, la désigner comme illégitime.

À l’issue de cette digression, je me laisse à penser que la réelle ouverture d’esprit git dans la capacité d’écoute et la prise de conscience du fait que nous faisons partie d’un tout où la différence est plus qu’un fait, c’est une nécessité dans l’élévation de l’esprit.

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