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Partir ou rester?

Voyager semble être le must pour les gens de ma génération. Si tu ne voyages pas, tu es un être « plate ». Tu auras beau avoir terminé ton doctorat, avoir acheté une nouvelle maison, avoir sauvé un chien de la SPCA, aucun de tes accomplissements ne sera aussi valorisé que le fait d’avoir voyagé. Tu as voyagé? Tu es in. Tu n’as pas voyagé ? Tu es out. C’est du moins l’impression que les gens autour de moi me donnent et j’exagère à peine. Les voyageurs de l’univers sont reconnus, écoutés, publiés sur les réseaux sociaux et valorisés. Comme si voyager était la réponse à tout. J’ai eu l’occasion de partir. De partir 9 mois dans une autre province du Canada. Et savez-vous quoi? Après l’élaboration d’une liste de pour et de contre, après mûre réflexion et après avoir décidé d’écouter mon instinct plutôt que ma tête, j’ai décidé de rester.

J’ai décidé de rester pour plusieurs raisons. J’avais le choix : soit je partais 9 mois animer des activités en français pour de jeunes anglophones du secondaire, payée 20 $/h, 25h/semaine en Colombie-Britannique, soit je restais à Montréal, je m’inscrivais dans un certificat que je rêvais de faire et je dépensais 1 500 $ par année. Dans la première option, j’avais la possibilité de m’évader, de gagner de l’autonomie, de rencontrer de nouvelles personnes, de découvrir un nouveau coin de mon si grand pays et d’améliorer mon anglais. Pourtant, la raison initiale pour laquelle je voulais partir 9 mois, ce n’était pas pour rencontrer des gens ni pour explorer un coin de pays. C’était tout simplement pour être ailleurs. Être n’importe où sauf ici, où j’étais. Je voulais partir, fuir ma vie, en me disant qu’il serait plus facile d’être heureuse ailleurs. Pourtant, ici ou ailleurs, on rencontre toujours les mêmes problèmes puisqu’on peut fuir les villes, mais on ne peut se fuir soi. Il faut être bien avec soi-même avant d’être bien ailleurs, et c’est sur cet aspect que je me suis concentrée. En restant ici, j’avais la possibilité de vivre et de me développer au plan social, individuel et personnel. Tandis que les rencontres que j’aurais faites en Colombie-Britannique auraient été éphémères, puisque je serais retournée inévitablement au Québec; les rencontres que je ferais ici ne pourraient que se développer et s’enrichir.

En voyage, on est toujours heureux puisqu’on reste rarement assez longtemps dans un même endroit pour s’établir. On effleure des endroits, des pays, sans y plonger pleinement, sans s’intégrer complètement à la population, au marché du travail, à la ville. On est constamment émerveillé par la nouveauté. C’est seulement lorsqu’on commence à se bâtir une vie que les problèmes commencent. On doit faire face aux côtés plus sombres de soi-même. Il m’était beaucoup plus facile de fuir que de travailler sur moi-même, que de trouver le moyen d’être heureuse ici en bâtissant une relation durable avec les gens de mon entourage. Oui, je voulais désormais apprendre à m’émerveiller des petits bonheurs de la vie de tous les jours. Je ne voulais pas papillonner ailleurs. J’avais besoin de concret, de quelque chose de durable et de fiable. La seule manière était de faire ce que j’aime. Je ressentais le besoin de réaliser quelque chose de tangible et de me cultiver davantage. Je voulais faire un certificat en création littéraire. Parce que pour la première fois en 6 ans, j’étudierais dans un domaine que j’aime, sans penser à l’emploi auquel il me mènerait.

Dans mon cas, partir n’était pas la solution. Du moins, je ne l’aurais pas fait pour les bonnes raisons. Partez si vous voulez, allez découvrir le monde. Mon conseil est simplement de le faire pour les bonnes raisons. Je ne mets pas une croix sur le voyage. J’ai voyagé et le ferai encore. Cette fois, dans le but de découvrir et non de fuir, avec une personne de confiance qui m’aidera à apprécier l’expérience.

Photo de couverture : Source

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