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La grande fête non-officielle du déménagement

Quand t’as grandi au Québec, le premier juillet égal automatiquement la grande fête non-officielle du déménagement. Je dis « fête » parce qu’on se ramasse toujours à être une petite gang, famille et amis en linge funky mal agencé à des vieux running shoes, à être super de bonne humeur et super sur les nerfs (surtout notre père) et à finir avec de la bière cheap pis de la pizza cheap entre les mains, quelque part sur un balcon illuminé de lumières de Noël Costco, et à ne pas faire attention aux dégâts. Dans le fond, la fête du déménagement, c’est un peu comme le Noël des campeurs, avec les Pères Noël en plastique pis les roulottes sur faux-gazon en moins mettons, et ça, c’est un peu le bonheur.

Même si ça finit toujours bien, les boîtes défaites, les cadres posés, les affaires inutiles que tu trimbales depuis ton secondaire 1 enfin mises aux poubelles, déménager, ça reste que c’est une grosse journée.

Alors voilà, pour te rassurer et parce que c’est jour de fête, donnes-toi le droit à des permissions spéciales (comme manger du gâteau au chocolat avec les mains à ta fête de 2 ans) pour t’aider à traverser ton déménagement en beauté!

Voici mes suggestions de permissions spéciales que tu devrais t’accorder aujourd’hui :

T’as le droit de trop dépenser en café pis en chocolatines pour accueillir les gens qui t’aideront toute la journée pour la seule et unique raison qu’ils feront du cheap labor rien que parce qu’ils t’aiment. Ces gens-là sont là à 8 h 30 le matin, qu’il pleuve ou qu’il fasse 40, pis y sont là pour toi, juste pour toi, c’est hot hein? (T’as le droit de te trouver un peu cool pis de déménager en lunettes fumées.)

T’as le droit de chanter la tune de Déménagement La Capitale (ou celle du Clan Panneton), et ce, sur repeat, pour l’inconfort mais surtout pour le plaisir de tous les autres autour nés dans les années 90.

T’as le droit de faire encore des boîtes 15 minutes avant que ton cheap labor débarque, parce que c’est correct d’avoir passé trop de temps à faire de profondes recherches wiki sur la relation de Drake et Rihanna plutôt que de l’avoir pris pour classer tes ustensiles par pays d’origine pis par couleur trois mois à l’avance. Arranges-toi juste pour avoir fini avant que ton père arrive, parce que sinon « ça va aller mal a’shop »!

T’as le droit de déjeuner des biscuits trempés dans le beurre de « pinottes » (avant d’avoir l’idée d’aller acheter des chocolatines) parce que personne fait l’épicerie avant de déménager pis que t’as épuisé tes dernières tranches de pain sur un sandwich aux tomates la veille (pis que t’as secrètement envie de le faire depuis que t’as vu Lindsay Lohan le faire dans L’attrape parents quand t’avais 7 ans).

T’as le droit de décider de déménager tes vieilles lettres d’amour, parce que ça fait encore mal, et t’as le droit de les mettre aux poubelles à la dernière seconde aussi, parce que ça fait encore mal.

T’as le droit de ne pas savoir comment te sentir quand un itinérant va d’abord fouiller dans les poubelles que tu laisses au bord du chemin pour finalement littéralement partir avec le sac qui contenait les poubelles de ta chambre. T’as le droit de te dire que l’itinérant c’est pas un itinérant mais un agent secret qui pense que tu es une personne d’importance internationale. T’as le droit de t’inventer que c’est pour ta protection, parce que sinon, c’est vraiment juste un itinérant qui part avec tes mouchoirs utilisés pis tes vieilles lettres d’amour que t’avais finalement jetées, pis ça c’est un peu « freakant », pis c’est pas le temps de « freaker ».

T’as le droit d’être excitée puis d’être zen, puis d’être fâchée, puis de bouder, puis d’être triste, puis d’être stressée, puis de pleurer, puis d’être contente, puis de gueuler des « Attention c’est FRAGILE, c’est écrit sur la boîte!! », puis de faire des câlins de poussière-sueurs aux humains en or qui sont venus t’aider.

T’as le droit de te sentir comme « l’amie en visite » pendant les premiers jours de ton emménagement. Tu vas voir, bientôt le chemin vers l’appartement va devenir le chemin vers la maison, la vaisselle va devenir ta vaisselle et l’odeur de ton ancien chez-toi, que tu trouves si étrange de sentir sur tes vêtements et dans tes draps maintenant que tu es délocalisée de ton ancien chez-toi, va s’atténuer, puis disparaître dans un parfait mélange de l’ancien et du nouveau chez-toi.

Pis ma permission spéciale préférée, t’as surtout le droit de ranger précieusement quelque part en dedans de toi, dans une boîte étiquetée « fragile », les photos que t’as prises avec tes yeux aujourd’hui des humains qui étaient là, peu importe l’appart ou le quartier, avec leurs looks de peinture, pis leurs moustaches de sueurs, avec leur bonne humeur de cheveux mêlés pis de petits bras épuisés.

Parce que je pense que par « déménagez sans soucis », c’est de ça que La Capitale parlait, de ces moments-là de sourires-là, qui goûtent la fatigue, la sauce à pizza pis le bonheur.

ÇA, c’est déménager sans soucis, pis ça mérite d’être célébré (préférablement sur cette chanson-là)!

Par Virginie Morin-Laporte

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